Clément Bénech

UNE ESSENTIELLE FRAGILITÉ

Le roman à l'ère de l'image

176 pages, 13 euros

18 janvier 2019

 

 

 

 

 

REVUE DE PRESSE

RTS, 23 mai 2019

Entre nous soit dit

Par Mélanie Croubalian

 

À écouter ici

Youtube, 4 mars 2019

Par Ina Mihalache

 

Chaîne Youtube de Solange te parle

ELLE, 21 février 2019

Clément Bénech, écrivain objectif

Par Marguerite Baux

 

Pourquoi les photos n'auraient-elles pas droit de cité dans le roman, alors qu'elles envahissent nos vies, nos coeurs et nos portables ? Sur cette question qui, comme il le dit lui-même "n'intéresse pas grand-monde", Clément Bénech publie ces jours-ci un petit essai de théorie littéraire et réjouissante, avec l'esprit légèrement sérieux, légèrement léger que l'on savoure chez lui depuis L'été slovène, en 2013. Six ans plus tard, il a publié deux autres romans, travaille comme assistant d'édition chez Albin Michel Jeunesse et comme chroniqueur culture à "Libération", [...]. C'est en observant les réactions à ses romans Lève-toi et charme, puis Un amour d'espion, semés de photos et de dessins, que lui est venu le sujet de ce nouveau livre. "On me disait : c'est de la triche. Ce qui implique que la littérature serait un jeu. Mais pour moi, c'est autre chose, quelque chose qui sauve et accompagne la vie courante." pas besoin d'apporter ses bagages : tout est fourni dans ce parcours de santé dédié à Régis Debray [...], qui allège gaiement de quelques clichés. Vanter les qualités "cinématographiques" d'un roman est-il un compliment ? Et que peut l'écrivain face au règne de l'image ? "Mon postulat, c'est que la photo appartient au registre du bas, c'est pour ça que je cite Rabelais ou Roth." Pour survivre, il faut intégrer. "Je ne crois pas à la mort de la littérature. Elle a encore beaucouop d'avenir." Et, avec ou sans photos, Clément Bénech aussi.

Zone Critique, 16 février 2019

Voir comme Clément Bénech

Par Estelle Ogier

 

Retrouvons l’écrivain Clément Bénech, son pouvoir narratif méticuleux et allègre, qui vient de donner le jour à un essai pointu aux éditions Plein Jour : Une essentielle fragilité, le roman à l’ère de l’image. Un ingénieux dispositif pour piéger notre attention et notre réflexion quant à la place de la photographie dans la littérature et assistons à l’avènement d’un organisme littérairement modifié : « Perceptor ». Affirmons-nous en tant que lecteurs conquis.

 

« Il est plus doux qu’un coussinet de chat sur une joue » annonce l’auteur sur le réseau social Twitter. Nous confirmons que les éditions Plein Jour ont peaufiné la fabrication du livre : superbe couverture énigmatique à rabats bleu de cobalt foncé et argent, papier crème et épais pour l’intérieur. Le fragile moineau au café qui volette de tables en chaises en inspectant minutieusement les coussins des fauteuils, en frottant son bec sur l’osier, en se posant parfois au sol — trop propre — à la recherche de quelques miettes : une essentielle fragilité.

 

Pas de gaffe

[...] Clément Bénech (« on dit [benɛʃ], pas [benɛk] » nous met-il en garde sur le réseau Twitter), essayiste et averti, ne commet pas une gaffe en nous invitant poliment à nous interroger à propos de la démocratisation de l’image qui révèle la « fragilité essentielle » de la littérature. Il « prône une hybridation entre l’image et le texte » en consacrant un « moment rhétorique » à « une réhabilitation de la pureté » et auparavant un autre à « arracher la littérature au champ du jeu » et un dernier à donner un nom à « un désir de faire » : « un roman bicaméral » (plaît-il ?). Assujettissons-nous alors, confiants, à la logique bénéchienne ; égarons-nous dans cette figure de Fibonacci que pourrait être l’essai de Clément Bénech ; laissons-nous charmer par son savoir-faire-autrement ; apprenons à distinguer les choses ; suivons le penseur qui nous parle de son rapport au réel ; méfions-nous des confusions ; comprenons l’élan qui le pousse ardemment vers la photolittérature et plus précisément le « roman bicaméral » (laissons donc l’auteur le définir puisqu’il le baptise ainsi : « Roman bicaméral (n. m.) : roman qui inclut des photographies. (Deux chambres : la chambre de l’écrivain, et la chambre noire de l’appareil-photo.)) » ; aidons-nous de ses dessins/schémas originaux pour mémoriser ses recherches et découvertes.

 

[...]

 

Perceptor

Considérons le « lecteur tel qu’il est », « Perceptor », suivons Clément Bénech progresser à pas prudents mais déterminés dans l’exploration de son désir qui est aussi celui de « Perceptor » : « L’esthétique bicamérale voudrait remettre le lecteur au centre ». Comme il le fit adroitement dans ses deux derniers romans : Lève-toi et charme et Un amour d’espion publiés chez Flammarion ; il est « soucieux d’être reçu par un cerveau humain » et de « susciter la concupiscence de son lecteur » ; il examine la nature de « Perceptor » pour lui créer son Palais idéal : le livre « bicaméral ». L’alliance parfaite entre la photographie qui est « une réponse à la nouvelle exigence de vérité romanesque » dont « l’effet indéniable […] sur notre crédulité est comparable à celui qu’aurait sur nous une trace de pas dans la neige » (ou une trace de pas dans la poussière lunaire) et la littérature qui est « le médium privilégié pour manifester une absence ». L’harmonie véritable entre la photographie qui « n’est pas privée de parole mais douée de silence » et « la littérature [qui] n’est pas privée de visible mais douée d’invisible ». Clément Bénech nous aide à « dénouer ce nœud de fil » intellectuel qu’est l’essai nécessaire et salutaire : Une essentielle fragilité, le roman à l’ère de l’image parfois avec un ton narquois pour notre plus grand plaisir de « Perceptor » qui s’amuse sérieusement : « On me dit que les images glissées dans les romans pourraient tout aussi bien être remplacées par des mots ». « Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance » et crée l’étonnement en persévérant dans l’imagination et la mise en œuvre d’« une esthétique [bicamérale] qui prendrait pour objet le cerveau humain, en tenant compte de ses limites ». Ainsi connaîtrons-nous savamment l’ivresse de « métaboliser dans l’espace romanesque » le désir du créateur qui est le seul maître à bord de son canot de sauvetage : « Or quand c’est un carré de réel, le diamant d’une sensation ou une expérience unique qui appellent à être sauvés, le canot de sauvetage le plus adapté peut être le mot ou l’image, selon son degré de précision (c’est-à-dire, en l’occurrence, d’abondance). C’est comme si, pour transférer un liquide – une substance – d’un récipient à un autre, le langage tenait tantôt de la louche, tantôt de l’écumoire ».

À la lecture de l’essai de Clément Bénech, nos sensations se recombinent avec celles de l’auteur et nous assistons à l’émergence d’une conception nouvelle de la littérature telle qu’en elle-même. [...]

Le Monde des Livres, 15 février 2019

« Antonia », de Gabriella Zalapi, et « Hélène ou le soulèvement », d’Hugues Jallon : l’image est littéraire

Par Raphaëlle Leyris

 

« Mêler l'écrit et la photo [...] permet de naviguer "entre le direct et l'indirect", comme le note Clément Bénech dans la tonique réflexion qu'il consacre au "roman à l'ère de l'image". »

Le Nouveau Magazine Littéraire, février 2019

À nul autre appareil

Par Alexandre Gefen

 

Que fait la photographie au roman ? Telle est la question d’un essai festif.

 

Introduite en littérature par Nadja d’André Breton, placée au cœur du dispositif romanesque moderne par W. G. Sebald, la photographie travaille bien des œuvres de la littérature d’aujourd’hui. Reste à savoir ce que cet usage fait au roman : tel est l’enjeu qui occupe Clément Bénech, jeune romancier prodige que L’Été slovène a fait connaître en 2013. Inspiré par les réflexions de Régis Debray sur les médias, mais avec un style joliment digressif qui évoque Julien Gracq, l’essai cherche à comprendre la fonction de la photographie dans l’écriture : la quête de pureté propre à l’art moderne s’y enrichit d’un « plaisir du télescopage », puisque « le pari de la photographie dans le roman est de revivifier le langage en le confrontant à un principe antagoniste ».
La photographie atteste de manière troublante du réel : « L’effet indéniable opéré par la photographie sur notre crédulité est comparable à celui qu’aurait sur nous une trace de pas dans la neige » ; elle produit un « bond de plusieurs échelons sur l’échelle du direct » et vient se confronter à la fragilité de la littérature, qui, comme le disait Kundera, « doit faire ce que seul le roman peut faire ». Citant aussi bien Charles Sanders Peirce que Patti Smith, illustré de dessins, l’essai de Clément Bénech est festif : par-delà un « plaidoyer argumenté pour la photographie dans le roman », on y célèbre la puissance de la fiction comme manière de changer de monde, le roman comme art du temps et les joies du langage, « filet à papillons avec lequel on voudrait attraper des comètes ». C’est dire tout notre bonheur.

Actualitté, 1 février 2019

Clément Bénech, ou la photographie chez les iconoclastes

Par Guillaume Sire

 

Aux iconoclastes donneurs de leçons qui sont à l’esthétique du roman ce que les Pharisiens sont à l’éthique aristotélicienne : une police triste, méchante, désincarnée et, d’une certaine façon, dangereuse, Clément Bénech, qui publie aux éditions Plein Jour Une essentielle fragilité,  répond : « D’une part, je vous emmerde. D’autre part, laissez-moi vous expliquer… »

 

La voix de Clément Bénech dans le ciel de la littérature contemporaine est un objet volant de mieux en mieux identifié mais qui n’en est pas moins incomparable. C’est une voix lente et amusée. Tranchante. Tranchée. Imaginez la lame d’un couteau papillon dans la main d’un aristocrate, à l’heure du thé. Il y a en lui une insouciance réactionnaire et comme un tremblement métaphysique déguisé en naïveté. [...]

Et cette culture qui le caractérise, organique, intemporelle, choisie, accessible. Comme dit le proverbe « la culture c’est comme la confiture » : quand on a trop, on en donne. Bénech nous invite à un grand goûter dans l’herbe, en compagnie d’André Breton, Julien Gracq, Régis Debray et pourquoi pas Shaquille O'Neal. Il y a chez lui une empreinte, une langue, un décalage qui ne sont qu’à lui.  Le ton est primesautier mais la tessiture profonde. On est dans l’époque, et un peu à côté. On le connaît pour ses romans chez Flammarion, mais voilà son premier essai : Une essentielle fragilité, aux éditions Plein Jour. Sous-titre : Le roman à l’ère de l’image.
 
Dès les premières pages, il s’évertue à démontrer que la littérature n’est pas un jeu, et qu’il n’y a pas, donc, de règles prédéfinies. La littérature n’est pas une morale. On ne peut pas « tricher ». Mettre des images dans un roman, ce n’est pas « tricher », parce que « la triche », en littérature, n’existe pas.

 

[...]

 

Qu’est-ce que l’image apporte au roman ?
 
La littérature, nous dit Bénech, c’est l’art du temps. Le roman permet de dire ce qu’on ne peut pas montrer, et en particulier ce que Debray nomme « l’interdit », « la possibilité », « le programme », « le projet ». Autant de choses qui échappent aux photographes. « Il y a toujours quelque chose d’absent qui nous tourmente » disait Camille Claudel. C’est précisément ce « quelque chose » que les romans et les poèmes s’attellent à faire sentir et ressentir, et, cela, en parlant. Le roman retient, suggère, dévoile, étend, insère, ouvre le temps… en parlant.
 
L’image, c’est l’art de l’espace. Elle montre, rend, donne l’espace. Elle sait voiler, extraire, délimiter… en se taisant. Elle sait surtout se taire, quand le roman ne fait que parler. C’est pourquoi elle peut être pour le roman non pas un recours ou un secours, mais la possibilité d’une halte et éventuellement d’une expérience, comme lorsque Ulysse trouve sur le chemin d’Ithaque un lieu inconnu et propose à ses compagnons d’y accoster pour s’y reposer et l’explorer.

En partant d’une interview de W. G. Sebald, seul écrivain à avoir systématisé l’insertion de photographies dans ses romans, Clément Bénech explique en effet que la photo dans le roman, en plus d’avoir une fonction testimoniale — i.e. prouver grâce à une photo que tel ou tel élément décrit avec des mots existe bien dans la réalité (fonction que je crois pour ma part tout à fait inutile, même si Bénech la défend) — en plus de cette fonction, la photo dans le roman peut avoir une fonction retardatrice en opérant au sein du roman une pause, ou une fonction expérimentale, en faisant vibrer le texte : sortie de la chambre noire, elle devient chambre-écho.
 
Les romanciers iconoclastes ont oublié le lecteur, à qui Bénech donne le nom de « Perceptor ». Le lecteur humain, à l’inverse du lecteur idéal, n’est peut-être pas après tout contre une petite pause ou une expérience inattendue. Le romancier iconoclaste, finalement, est à lui-même sa propre icône, son propre sujet d’adoration, s’il croit que son seul art a suffi, suffit, suffira. Cela ne signifie pas que tous les romanciers devraient insérer des photos dans leurs romans, mais que tous ceux qui diront « c’est interdit » sont des moralisateurs qui feraient mieux de cultiver les haricots de leurs jardins en laissant Bénech planter dans le sien si ça lui chante des graines de baobab histoire de voir si ça peut « prendre » et « pousser ». Hein, on sait jamais…

 

Le style Bénech
 
Clément Bénech est drôle. Ceux qui le connaissent le savent, et ne seront pas étonnés de rencontrer dans cet essai un chercheur d’or qui fait de la musculation, un électrosensible à Fesseheim et une soutenue légèreté mise au service de cette fragilité essentielle à laquelle, nous dit-il, tient la véritable littérature. [...]
 
En plus d’être drôle, l’auteur d’Une essentielle fragilité sait trouver des aphorismes et des métaphores qui relèvent son essai, comme on dit du piment qu’il « relève » un plat. Ce sont ces métaphores, ces aphorismes, ces anecdotes, ces traits d’esprit qui différencient l’essai en question des pantalonnades universitaires, auxquelles la pensée de Bénech est ce qu’un cheval est à un tricycle : « Avancer c’est bien, mais l’allure, hein, le style ! »
 
[...]
Le deuxième manque, plus regrettable à mon avis, c’est la religion. Bénech l’évoque rapidement mais on aurait bien aimé avoir quelques-uns de ses traits d’esprit à propos de telle religion qui considère que le texte est saint tout en interdisant la représentation par l’image, ou à propos de cette autre religion dont le messie n’écrit jamais rien mais trace des signes sur le sol au moment où on lui demande s’il faut lapider ou non la femme adultère. Il y aurait peut-être eu des pistes intéressantes à explorer, car si la littérature n’est pas un jeu, si elle n’est pas un « divertissement » au sens pascalien, c’est, il me semble, parce qu’elle sait poser la question de Dieu mieux encore que la musique, la peinture, la danse, la sculpture, le cinéma et… la photographie. Son conatus tient à l’Homme mais de Dieu.
 
Finalement…
 
Il faut lire Clément Bénech, ses romans, son essai. Il faut le suivre dans ses lectures, sur Instagram, Twitter, Facebook, Tumblr, dans ses élucubrations humoristiques, poétiques et philosophiques, et questionner avec lui l’art du roman, qui n’aura rien à craindre de l’image tant qu’on n’interdira pas formellement les images d’y pénétrer. Ce qu’il faut craindre, en matière d’art, c’est la morale. Le vrai ennemi de l’esthétique, c’est l’éthique. C’est le principal message de cet essai.

Le Figaro Magazine, 25 janvier 2019

Clément Bénech, la littérature sans clichés

Par Eugénie Bastié

 

Dans un essai vivifiant, l'écrivain s'interroge sur la place du roman à l'ère de l'image. Une essentielle fragilité, décrite avec style et esprit.

 

Le livre est dédié à Régis Debray, que Clément Bénech cite abondamment. Et pour cause : qui mieux que le fondateur de la médiologie pour accompagner un essai sur le rapport entre le mot et l'image ? Dans ce court et stimulant livre, le jeune écrivain part d'une question qui peut sembler marginale : peut-on insérer des photographies dans un roman ? À l'époque des smileys et des écrans, du flux et de la pub, où la lettre semble s'être inclinée devant le chiffre et l'image, n'est-ce pas céder à l'air du temps que de vouloir mêler le roman et la photo ?

Il interroge son propre désir, et développe, à partir de ce prétexte, une réflexion ontologique sur la littérature et son devenir à l'ère de l'image. Si l'idée de mettre des photos dans un roman rencontre autant de réticences, c'est parce que nous soupçonnerions l'écrivain de « tricher », ou encore de « profaner » son œuvre. Mais pourquoi ? Le roman serait-il un « jeu », ou bien un objet sacré qui devrait être pur et préservé de toute mixtion ?

Le jeune romancier s'érige aussi bien contre la « littérature jeu » qui voudrait ne voir sans l'art des mots qu'un « plaisir de faire pur » détaché de toute fin, que contre ceux qui prétendent « abolir la frontière entre littérature et sociologie ». Ni « littérature engagée » ni jeu de pure forme, le roman à la sauce Bénech navigue de manière subtile entre l’éthique et l’esthétique, ne néglige pas la pureté sans en faire un objectif atteignable.

[...]

Enjôleur et élégant, Bénech nous enchante avec quelques formules ciselées (« Le langage est un filet à papillons avec lequel on voudrait attraper des comètes », ou encore « l’œuvre de civilisation est œuvre de différenciation »), nage dans les paradoxes et nous comble de citations originales, de Milan Kundera à Paul Valéry en passant par Julien Gracq.

Bénech n’a pas le mépris de Baudelaire pour « l’industrie photographique » que le poète qualifiait de « refuge de tous les peintres manqués » qui ne saurait « empiéter sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire » (Salon de 1859). On sent qu’il aimerait mêler ses deux passions dans un art « bicamral », qui ne serait pas abâtardissement mais enrichissement mutuel. Pas une chimère mais un Janus à deux têtes.

Il croit qu’on peut « revivifier le langage en le confrontant à un principe antagoniste », c’est-à-dire justement mieux souligner la profonde spécificité de la littérature en la plaçant face à sa rivale de toujours, l’image. La mettre en danger pour mieux souligner son « essentielle fragilité ». On ne demande qu’à voir.

Le Courrier, 25 janvier 2019

Le roman à l'ère de l'image

Par Emmanuelle Fournier-Lorentz

 

Dans un essai érudit et passionnant, le jeune romancier Clément Bénech s’intéresse à la place de la photo dans la littérature, et répond aux inquiétudes des romanciers face à l’image.

 

En 2015, à tout juste 24 ans, Clément Bénech publiait aux éditions Flammarion son deuxième roman, Lève-toi et charme. Il y était question d’amour contrarié entre un jeune homme paresseux et thésard, et une jeune femme mystérieuse et doucement névrosée, dans la ville gigantesque et glaciale de Berlin. Mais surtout, cet excellent roman était ponctué de photographies en noir et blanc prises par l’auteur, qui accentuaient l’impression d’étrangeté de l’histoire. L’auteur réitérera l’expérience d’insérer des images dans ses livres avec le suivant, Un Amour d’espion, paru en 2017.

 

Le jeune écrivain français sort ces jours-ci un essai, Une essentielle fragilité : le roman à l’ère de l’image, qui s’intéresse justement à la photographie dans la littérature – « une question qui n’intéresse pas grand monde, mais sur laquelle chacun a un avis », écrit-il.

À 17 ans, l’avis de Clément Bénech était d’ailleurs tranché sur la question : un roman ne doit pas contenir de photographies. Puis, il découvre Nadja, d’André Breton. Il est subjugué. L’essai qu’il publie aujourd’hui retrace le cheminement qui l’a amené à changer d’avis, et dialogue avec sa réticence d’autrefois. Comparant la photographie à un robot fraîchement débarqué à l’usine et que les ouvriers regardent d’un œil mauvais, Clément Bénech demande : à notre époque, « à l’ère de l’image », que reste-t-il de propre au roman, à la littérature ?

Pour y répondre, l’essai est scindé en trois parties. La première tente « d’arracher la littérature au champ du jeu » : si cette dernière n’est pas un jeu, alors y insérer des photos n’est pas, comme on l’a reproché au romancier, « de la triche ». La deuxième se demande ce qu’est la pureté d’un médium à l’ère du transmédia. L’auteur déclare que la photographie et la littérature sont tous deux des médiums à valeur égale, des « modes de connaissance du monde à part entière ».

Dans la troisième et dernière partie, Bénech propose donc le roman bicaméral, qui combine la chambre de l’écrivain et la chambre noire de l’appareil photo – « toutes les techniques sont mêlées, et aucune ne saillit ». Pour lui, « l’image dans le roman réveille la littérature à son identité, en la renvoyant à sa mortalité, à sa fragilité essentielle ».

Si le ton peut sembler très pointu, les exemples donnés par l’auteur, qui passe du basket-ball à Jane Austen, dédramatisent le tout. A l’ère de l’image, la littérature s’inquiète. Clément Bénech la rassure. Après avoir fait ses preuves dans le romanesque, il s’impose ainsi dans l’essai avec un livre où se tutoient l’érudition et la passion, résolument tourné vers l’avenir, « mariage d’une nostalgie et d’une espérance ».

TV5 Monde, 20 janvier 2019

France Culture, 11 janvier 2019

Le Journal de la philo

Par Anastasia Colosimo

 

"Un roman doit-il contenir des photographies ?" L'interview de Clément Bénech à écouter ici.

Livres Hebdo, 23 novembre 2018

On en parlera

Coup d'essai pour Clément Bénech

 

Le jeune romancier Clément Bénech, auteur notamment du remarqué Lève-toi et charme (Flammarion, 2015), passe à l'essai chez Plein Jour avec Une essentielle fragilité (18 janvier). Sous-titré Le roman à l'ère de l'image, ce texte interroge la place de la photographie dans les oeuvres littéraires.

Narrative nonfiction, enquêtes, essais, débats. La littérature du réel sous toutes ses formes.

Liens amis

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Éditions Plein Jour