Hannah Nordhaus

Un fantôme américain

 

traduit de l'anglais (États-Unis)

par Sibylle Grimbert et Florent Georgesco

 

392 pages, 21 euros

7 septembre 2017

 

 

 

 

 

REVUE DE PRESSE

Le Point, 31 août 2017

SOS Fantômes

par Sophie Pujas

 

Maggie Nelson, nouvelle star outre-Atlantique, est depuis toujours hantée par sa tante, assassinée en 1969. Hannah Nordhaus, elle, descend du cèlèbre "fantôme de Santa Fe". Deux obsessions, deux destins.

 

(...) Au confluent du privé et du collectif se trouve également l'histoire ressuscitée par Hannah Nordhaus. Elle est l'arrière-arrière-petite-fille du "plus célèbre fantôme de Santa Fe" : Julia Staab, immigrante juive-allemande arrivée en 1865 au Nouveau-Mexique, en plein Far West. Venue épouser un compatriote qui avait fait fortune, Julia est morte à 50 ans dans des circonstances troubles, et la rumeur veut qu'elle hante sa fastueuse demeure... Laquelle est devenue un hôtel, qui exploite à loisir son aura de maison hantée, témoignages de voyageurs apeurés par des apparitions à l'appui. Comment naissent les légendes ? Hannah Nordhaus a voulu savoir qui était vraiment son aïeule, "cette femme fragile sur une frontière âpre, loin de sa famille, piégée dans un monde qui n'était pas fait pour elle", qui alimentait les récits familiaux comme ses fantasmes d'enfant. Deux tableaux fascinants se superposent : la vie d'une pionnière qualifiée de mélancolique et une histoire des spectres et de leurs intercesseurs... Côté face, Hannah Nordhaus sonde les archives familiales ou les vieux journaux intimes et suit les traces des siens jusqu'en Allemagne. Côté pile, elle compose une histoire collective du surnaturel. "Avant le dix-neuvième siècle, les individus ordinaires se vantaient rarement de discuter avec des parents défunts ; leurs facultés extrasensorielles n'étaient pas encore assez aiguisées. À l'époque victorienne, en revanche, les consultations posthumes des chers disparus devinrent monnaie courante." Hannah Nordhaus questionne des médiums, qui affirment lui transmettre des messages de Julia. Elle se rend même au Stanley Hotel, dans le Colorado, qui a inspiré Stephen King pour Shining et où les amateurs de frissons se retrouvent dans l'espoir de dialoguer avec l'au-delà - une industrie juteuse. Le tout se noue autour d'une quête très intime. "Les fantômes peuvent se passer de notre aide ; c'est pour nous qu'il est difficile, parfois, de vivre sans eux." On ne saurait mieux dire...

Lire, septembre 2017

À chaque famille, son fantôme...

par Lou-Eve Popper

 

Deux auteurs américaines rendent hommage à des figures familiales féminines dont la mort reste obsédante.

 

On peut ne pas croire aux revenants et être cependant hanté par le passé. Voilà la leçon à tirer d'Une partie rouge et d'Un fantôme américain, d'où se dégage une atmosphère nimbée de nostalgie et de tendresse. Leurs auteures, Maggie Nelson et Hannah Nordhaus, sont toutes les deux parentes de femmes décédées dans des conditions tragiques et devenues depuis célèbres aux États-Unis. Pour honorer leur mémoire mais aussi pour s'alléger un peu l'âme, l'une et l'autre ont décidé de se plonger dans leur histoire familiale la plus sombre. (...)

Le ton, quoique moins brutal, n'est pas plus joyeux chez Hannah Nordhaus. Journaliste, cette dernière est l'arrière-arrière-petite-fille de Julia Staab, immigrante juive-allemande "importée" par son mari au Nouveau-Mexique au milieu du dix-neuvième siècle. Morte à 52 ans dans des circonstances troubles, probablement atteinte de dépression, cette mère de famille dévouée continue de hanter, selon certains, son ancienne demeure de Santa Fe, devenue un hôtel de luxe. Avec un acharnement qui force le respect, Hannah Nordhaus est allée déterrer un passé enfoui pour approcher le destin de son ancêtre, arrachée à sa douce Westphalie pour le Far West. Consultant pendant deux ans généalogistes et médiums, universitaires et cousins éloignés, srutant les journaux intimes et la presse de l'époque, l'auteure parvient à éclairer les zones d'ombre de sa généalogie. C'est à ce formidable voyage que nous convie Un fantôme américain, depuis les terres arides américaines jusqu'aux camps de concentration de l'Europe de l'Est. Avec un sens incontestable du récit, Hannah Nordhaus invoque ainsi près d'un siècle d'histoire, et autant de visages invisibles. Preuve, s'il en fallait encore une, qu'un fantôme ne se déplace jamais seul.

Médiathèque départementale du Doubs, août 2017

Un fantôme américain

par Christian Palvadeau

 

« Je crois aux fantômes. Je crois au pouvoir du passé. Je crois que nous pouvons être hantés. » p. 352
Dans les années 1970, un hôtel de Santa Fe (Nouveau-Mexique) portant le nom d’Auberge du repos connaît de multiples manifestations d’un fantôme qui harcèle personnel et clients. Il s’agirait de Julia Staab revenant dans ce qui fut sa maison de 1882 à 1896. L’auteur, étant son arrière-arrière-petite-fille, décide de découvrir qui elle était, ce que fut sa vie et celle des siens. Nous nous retrouvons ainsi dans le milieu des juifs-allemands émigrés en Amérique lors de la seconde moitié du 19e siècle, dans ce qui n’est pas encore un État américain et où se côtoie une population bigarrée comportant nombre d’Hispaniques et d’Indiens. C’est l’histoire d’une jeune fille distinguée égarée en plein far west… On assiste au développement de Santa Fe après 1880 : arrivée du train, de l’éclairage public au gaz, de la première ligne de téléphone, construction de la cathédrale… On se rend compte de ce qu’était encore l’état déplorable de la médecine, de ce que fut la naissance et le développement du spiritisme… La stature d’Abraham Staab (d’indigent il deviendra l’un des hommes les plus riches et les plus influents du Nouveau-Mexique), le mari de Julia, permet à travers la presse locale et les journaux de particuliers de deviner Julia en creux. Et puis, petit miracle, il existe un journal intime de l’arrière-grand-mère de l’auteur couvrant deux années. Auteur qui ne renonce à rien dans sa quête, sa volonté démesurée de savoir et de comprendre, ni au test ADN, ni à la bagatelle d’une demi-douzaine de visites à divers médiums. C’est que, au-delà d’un travail scientifique d’analyse des textes et du contexte de l’époque, elle recherche comme une perception intuitive, une communication d’âme à âme. Comme pour illustrer l’idée qu’émigrer ce n’est pas changer de lieu mais changer d’histoire, dans un douloureux parallèle avec celui des pionniers américains, nous assistons aussi, en Europe, à l’holocauste et à la disparition d’une partie de la famille. J’adore la démarche, la richesse de la matière brassée, la force d’évocation et les réflexions un tantinet vertigineuses que cela entraîne. Passionnant ! Coup de coeur.

Narrative nonfiction, enquêtes, essais, débats. La littérature du réel sous toutes ses formes.

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