Valérie Rodrigue

Rien ne résiste à Romica

176 pages, 17 euros

3 mars 2016

 

 

 

 

 

REVUE DE PRESSE

Mediapart, 7 avril 2017

Romstorie: mémoire en défense des Roms,

diffamés par le film « A bras ouverts »

par Jacques Debot

 

Si Chauveron et Clavier ont pu mettre des millions d’euros en jeu, parier sur la déréliction de ces parias, c’est qu’ils étaient certains que personne ne se lèverait pour défendre les Roms. Le scénario du film A bras ouverts est infusé de Houellebecq, de Camus, de Dieudonné, travaillé par la hantise du grand remplacement. Venus de l’Inde, les Bronzés font du camping à Marne-la-Coquette.

 

On se demande à quoi peut bien servir ce film dont l’intrigue ne consiste qu’à éreinter les Roms pendant une heure et demie. On cherche en vain la finalité de ce scénario décousu, ce bréviaire du mépris, mal joué, mal interprété, et surtout complètement inutile. Plus personne ne défend les Roms. Alors pourquoi les accabler encore ? (...)

Il reste encore des hommes, des femmes, il reste encore un peu d’humanité à notre égard. Le hasard des rencontres met parfois les Tsiganes sur le drom, le chemin d’humanistes comme Valérie Rodrigue, écrivain et journaliste, qui redécouvre notre petit peuple pathétique et maudit et sait l’écouter, sait parler aux services de la préfecture, connait les mots et les réponses pour se faire respecter au guichet, comprend les demandes de la personne derrière le guichet, apporte une aide efficace, ignore le paternalisme, échoue et recommence, ne se demande jamais si un Rom est un homme, si une Romie est une femme, tant la réponse va de soi.

Les exemples sont nombreux, mais nous citons Valérie Rodrigue parce qu’elle nous a transmis le récit détaillé de sa rencontre avec Romica-Dora, un récit rendu accessible au public par l’écriture de  Rien ne résiste à Romica (éditions Plein Jour), livre témoignage modeste et chaleureux où elle nous montre les chicanes administratives, les bidonvilles précaires, la dureté quotidienne, les incroyables difficultés que doivent surmonter les Tsiganes auxquels on reproche chaque jour de ne pas faire d’efforts pour s’intégrer. (...)

Le Huffington Post, 5 avril 2017

"À bras ouverts" ne m'a pas fait rire, il m'a écœurée

par Valérie Rodrigue

 

"On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui" dixit Pierre Desproges. C'est vrai, on peut rire des travers des uns et des autres mais le problème qui se pose aujourd'hui, c'est: peut-on rire de la misère? Déclencher autre chose qu'un rire gras, avec un focus sur le malheur des autres (qui ferait le bonheur des uns?)?

On rigole en reparlant de Francesca, ce bébé rom auquel a été refusé une sépulture, en banlieue sud? On se gondole en repensant à Darius, ce jeune homme laissé pour mort dans un caddie en banlieue nord? A Mélissa, fillette morte brûlée vive dans l'incendie d'un bidonville? On ne peut pas penser aux roms en France en ignorant leurs difficultés, leurs douleurs, leurs deuils, en oubliant la stigmatisation dont ils sont victimes quand bien même ils s'en sortent, quand bien même ils décrochent un boulot déclaré et trouvent un logement décent. Les clichés sur les roms ont la dent dure, communauté aux semelles de vent qui aimerait la vie en roulotte et vivrait de musique et de larcins...

On veut croire que la mendicité fait partie de la culture rom alors que ce n'est que l'expression de la misère. On imagine qu'ils ont une nature nomade quand ils subissent l'exil forcé. A-t-on le droit d'enfoncer des gens qui n'ont jamais voix au chapitre? Car c'est bien de cela dont il s'agit avec le film A bras ouverts de Philippe de Chauveron. Les roms, population tsigane d'Europe de l'Est déplacée, démunie, y est montrée d'une manière... même pas cliché, c'est au-delà, ça pourrait même faire sourire en d'autres temps, d'autres lieux, si les roms en France formaient une communauté installée et non pourchassée. On aurait pitié de cet humour gras. Dans cette comédie, tout est gras.

L'histoire: Fougerolle, gauche caviar, passe à la télé pour la promotion de son livre sur le vivre ensemble.

Il se voit mis au défi d'accorder ses actes avec ses paroles. Boum.

Lui: "la France que j'aime est celle qui partage, qui accueille à bras ouverts".

Le présentateur de l'émission: "arrêtez l'enfumage, pourquoi vous ne donnez pas l'exemple? Prenez-en chez vous".

Une sorte de jeu qui passe bien à l'écran, quoi. On se challenge, on frissonne en jouant à chiche que...

Les associatifs qui se battent quotidiennement pour aider ceux qui n'ont pas accès au droit commun apprécieront. Qui chaque jour constatent que le droit n'est pas respecté par les institutions, que les enfants sur les bidonvilles n'ont droit à rien, ni à l'école ni à la santé ni à la sécurité ni à un toit sur leur tête.

L'auteure que je suis, qui a bien du mal à faire entendre cette voix du vivre ensemble, notamment dans son dernier livre Rien ne résiste à Romica (Plein Jour) n'en revient pas, d'un tel film. Romica, l'héroïne de mon livre, est une jeune femme rom roumaine que j'ai rencontrée, aidée dans ses démarches et qui à force de courage a pu se sortir de la misère. Et elle m'a tant appris, Romica-Dora, sur la vie, la ténacité, la solidarité. Son parcours suscite l'admiration, pas les moqueries.

J'ai ri avec Les Aventures de Rabbi Jacob, je me suis gondolée avec Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu, des barres de rire. Le feuj un peu Sentier et le rebeu un peu susceptible qui fument ensemble le narguilé de la paix à la messe de Noël, franchement ça m'a fait rire. En tant que feuj de France, j'y ai reconnu certaines des extravagances séfarades. Dans ce film, les minorités y sont croquées avec leurs tics, leurs gags mais aussi leur répondant de français bien intégrés. Et le répondant, ça y va, ça fuse. Il y avait une certaine bienveillance, au fond, dans ces films.

Je n'ai pas ri avec A bras ouverts, j'ai été écoeurée. 

Le couple Fougerolle voit donc débarquer chez lui une famille rom dans sa jolie demeure 2 allée des Roses à Marne-la-Coquette. Parce que forcément, la famille rom a regardé la télé depuis sa cabane de bidonville, a copié l'adresse dans son agenda et pris illico un taxi pour se rendre chez les Fougerolle et les envahir en braillant depuis la grille "hello Bras Ouverts, merci accueillir nous". Parce que bien sûr, ils parlent en petit nègre, en plus. Y a Bon Banania, les scénaristes y vont à fond dans le trip colonial. Fougerolle est obligé d'accueillir cette famille rom pour être raccord avec ses idées et vendre des livres. Il faut vendre. On le plaindrait presque, ce pauvre auteur.

"C'est de la comédie, on fait rire avec les défauts" a dit Clavier en interview.

La suite du film est l'impossible dialogue entre les riches et les pauvres, les intellos et les crasses ignares. Et c'est vrai, pas facile d'être copains quand tout sépare, quand le bon gros rom squatte la piscine avec un pneu de camion en guise de bouée. Pas facile de garder le sourire et d'apprendre des rudiments de romanès quand la famille hébergée lâche des porcs dans la cuisine.

J'ai connu pas mal de familles roms roumaines. J'ai fait du soutien scolaire sur des bidonvilles. J'ai partagé des moments de douleur quand la grand-mère de l'un se mourait d'un cancer dans une caravane déglinguée faute de mieux -n'a pas accès aux soins palliatifs qui veut-. Et des moments de joie, pour un anniversaire, parce que la vie est plus forte.

Jamais sur un bidonville je n'ai vu de gitan hilare avec des dents en or. Jamais je n'ai vu de roms parler en petit nègre, quand bien même le français serait balbutiant. Jamais je n'ai vu de familles roms avec des porcs, des poules (voleurs de poule, encore le cliché?). 1) On n'est pas à la campagne et 2) ils ne possèdent rien. S'il y a des animaux sur les bidonvilles, ce sont des rats, ce qui fait pleurer les mères de famille. Car oui on pleure sur les bidonvilles, des larmes on en a même à revendre, on pleure de ne pouvoir aider un proche malade, de ne pouvoir offrir mieux à ses enfants, de ne pouvoir prétendre à une place au soleil. Je me souviens de Romica-Dora qui à l'âge de vingt ans me disait "j'en ai marre de moi, de ma vie" et qui aujourd'hui, forte d'un diplôme dans le domaine de la santé, sourit à l'avenir.

Jamais sur un bidonville je n'ai vu une personne grossière, cradingue et riant d'un rire gras. Je veux dire par là que dans ces familles roms des bidonvilles on a le sens de l'hospitalité, pas pour s'imposer chez l'autre mais pour offrir ce que l'on a au visiteur, un café (bien sucré, à la tsigane), un siège, même si c'est le seul dont on dispose sur tout le campement, on le lui propose, question de dignité, de politesse. Et ce, que l'on soit instruit ou analphabète, intelligent ou bébête, mendiant ou riche d'un CDI (oui, on peut travailler et vivre encore en bidonville, faute de mieux).

La parole est libérée, la parole du cerveau reptilien. L'époque moins que jamais ne supporte qu'on en rajoute une louche, pourtant. Faut-il rappeler les dégueulis de Dieudonné sur la communauté juive? Les dérapages de l'équipe Fillon qui trouve très drôle de ressortir les caricatures "juif/argent/gros nez" pour charger Macron?

Moi, ça ne me fait pas rire.

Il le sait, Ary Abittan, qui joue le rôle du bon gros rom imbécile, que juifs et roms ont plus d'une Histoire en commun, à commencer par la déportation et les camps de la mort? Il le sait qu'il y a eu la nuit du 2 août 44 à Auschwitz-Birkenau où 2897 tsiganes ont été gazés?

Le 8 avril, c'est la journée internationale des roms.

Devoir de mémoire, droit, culture, les débats et commémorations donnent à mieux connaître cette minorité.

Blog L'Albatros, 6 octobre 2016

Rien ne résiste à Romica

par Nicolas Houguet

 

Et parfois il faut ouvrir les yeux. Oser soutenir le spectacle du monde et celui de notre hypocrisie. Sortir de notre confort pour le voir tel qu’il est, empli de nos lâchetés, de nos idées toutes faites, de notre bonne conscience et de notre renoncement, de notre paresse collective, travestie en fatalisme faussement sage, en résignation raisonnable. Nous sommes de ceux qui ne font rien, assez cyniques pour railler ceux qui s’engagent, ceux qui ont le courage de leurs opinions et celui d’harmoniser leurs actes et leur conscience. (...)

Rien ne destinait Valérie Rodrigue à se lier au sort de Romica. Elle était journaliste, évoluait dans un univers raffiné. Elle ne prêtait pas davantage garde que n’importe qui à la jeune femme qui faisait la manche près de son bureau de poste avec sa petite fille. Et puis un jour, destabilisée par un licenciement et des problèmes de boulot, son regard a changé. Elle a fait ce qu’on ne fait jamais. Elle a échangé quelques mots avec la jeune femme, elle s’est assise à sa hauteur. Elle a peu à peu adopté son point de vue. Sur des pieds qui passent et des regards qui fuient, dans le meilleur des cas, sur l’injure, la calomnie, la violence et les préjugés à l’encontre des roms, la plupart du temps. (...)

Ce qu’il y a de frappant dans ce récit de Valérie Rodrigue, c’est cette forme d’examen de conscience et de retour sur soi auquel elle incite, juste par ce regard humaniste qu’elle invite à retrouver. Cette mémoire qu’elle convoque, au fur et à mesure qu’elle découvre Romica. Ensemble, elles vont faire valoir ses droits, sa légitimité, son histoire et son passé. Très vite on connait la réalité de cette jeune femme, son mariage très jeune, les illusions d’enfants et la pauvreté qui ont présidé à son exil, la hiérarchie des Platz, les villages de fortune où elle vit. C’est un monde que l’on ne voit à la télévision ou en lisière de nos villes, que lorsqu’il est évacué par les CRS. Les gêneurs éparpillés aux quatre vents comme des oiseaux de mauvais augure dont on ne veut pas se soucier. On ne pense jamais à ces gens dont la sagesse populaire dit qu’ils sont voleurs de poules, violeurs, cambrioleurs et que sais-je encore, pour continuer à éviter de les considérer. Ce qu’il y a d’intéressant à lire ce livre, c’est de constater à quel point ces réflexes sont ancrés en nous, bien souvent sans aucune justification par l’expérience.
Et l’on découvre le parcours du combattant administratif pour que Romica sorte de son inexistence et de sa clandestinité pour prétendre à une vie normale. Se battre pour des évidences. Trouver de quoi soigner ses enfants, bosser, gagner sa vie, étudier, trouver sa place dans notre société. Elle se heurte à toutes les embuches imaginables. Elle a surtout intégré elle-même cette manière de penser qu'elle n'est rien, qu’il n’y a pas d’issue, cette zone de non-droit que sera l’existence pour elle et ses semblables. Cette absence totale de considération pour le cas particulier qu’elle pose. 
C’est cela qui m’a permis de m’identifier aussi. Connaissant par mon handicap, cette forme de paternalisme, la confiscation de votre libre arbitre, de votre responsabilité, de votre liberté et de votre individualité pour faire de vous un cas qui rentre dans les cases d'un barème. Vous devenez alors un numéro bien stéréotypé qui ne fait pas de vagues, se tait et ira bien à l’endroit dont on lui aura fait la grâce. J’ai éprouvé très vite une certaine solidarité. Dans une autre forme de discrimination, je connais ces tourments, ces maisons qui rendent fous, ces contrôles en tous genre, comme si on était présumés coupables et nuisibles. L’administration, sûre de ses droits et de ses procédures, présente souvent, pour ceux qui l’ont pratiquée d’un peu trop près, une forme certaine d’inhumanité.
Evidemment tout cela révolte. Evidemment, on peut se dire que c’est comme ça et qu’on ne peut rien y faire. Quand on est concernés par rien, c’est toujours beaucoup plus facile de s’endormir. Valérie, on pourra la traiter de Don Quichotte au début du livre. Seulement… Il y a ce regard échangé qui réveille le souvenir de ses racines. Celle de ses origines à elle. Juives et algériennes. Un nom portugais. En racontant et en faisant découvrir le contexte dans lequel vit et a vécu Romica, c’est aussi son identité, son histoire et son passé à elle qu’elle recompose. Et aussi le nôtre. C’est ce lien intense entre nous tous, cette coincidence de trajectoires et de souffrances, celles des générations qui nous ont précédés qui revient peu à peu à l’esprit. Car au fond, d’où sort-on ? Descendons-nous vraiment des gaulois ? Honnêtement ? J’hésite entre les souches. Dans notre ascendance il y aura toujours une Romica, qui aura tenté l’ailleurs. J’en suis persuadé.
Ce livre, c’est l’histoire d’une fierté dont on retrouve le sens, d’une humanité qu’on reconquiert, de sa résurrection même. Par delà les paperasses, les grandes généralités et les idées reçues, par delà les grands principes et les haines ordinaires. Il en fallait du courage pour que rien ne lui résiste et que les barrages cèdent enfin. Il en fallait du courage pour se souvenir que quand on sauve une vie c’est aussi celle de l’humanité toute entière, ainsi qu’il est écrit dans les textes sacrés. Il en fallait de la force, une forme d’impatience, de révolte préservée, d’innocence aussi, pour le retrouver, l’espoir. Le sauvegarder, car après tout c’est ce qu’on a de plus cher en nous. C’est ce qui nous invite à amorcer chaque mouvement et chaque souffle. (...)

Le Pèlerin, 28 juillet 2016

Rien ne résiste à Romica

par Muriel Fauriat

 

Elle faisait la manche avec son enfant en bas de la rue. Valérie Rodrigue, journaliste, a décidé de lui parler. Romica, enceinte, habite un abri de tôles dans un bidonville, avec ses règles, sa rudesse. Valérie héberge la jeune Rom, l'épaule. Les deux femmes vont apprendre à se faire confiance. Pleine de rêves et d'énergie, Romica va trouver son chemin, un métier. Cette plongée dans l'univers des Roms, sincère et drôle, dit tout de l'archaïsme, de la liberté, de la discrimination, mais aussi de l'amitié, de la générosité des bénévoles. Un récit qui réchauffe.

Blog Danactu-résistance, 24 juillet 2016

Rien ne résiste à Romica, de Valérie Rodrigue

 

Les éditions Plein jour ont publié en mars dernier un nouveau livre de Valérie Rodrigue, intitulé Rien ne résiste à Romica, un titre intrigant et une belle surprise littéraire en forme d'histoire attachante, loin des habituelles intrigues germanopratines.

 

Ce récit s'ouvre sur une citation de Martin Luther King Jr : "J'ai décidé d'opter pour l'amour. La haine est un fardeau trop lourd à porter." Deux phrases qui donnent le ton à ce récit simple et juste qui va résonner en nous, bien après la fin de sa lecture. C'est l'histoire au départ improbable, entre une bourgeoise parisienne journaliste, l'auteure, et une jeune femme rom, roumaine, mère de famille et enceinte. (...)

Sans rien dévoiler de ce livre dynamisant et optimiste, le lecteur va assister à la naissance d'une belle amitié entre ces deux femmes que tout pouvait opposer. Il fallait lutter contre une méfiance endémique envers les Roms, lutter contre la facilité de ne pas vraiment les voir, lutter contre des cultures et des passés différents, lutter contre la peur de l'autre. Pas toujours facile ! Cela ne sera pas sans disputes et incompréhensions. Faire face aux préjugés dans les deux communautés, faire face à une administration rétive pour obtenir l'Aide médicale, la scolarisation des enfants ou encore trouver un job. Mais Romica s'avère pleine d'énergie, d'intelligence, de volonté, et donc rien ne peut résister à Romica.

Lisez donc ce beau récit. Il prouve que l'intégration peut réussir, qu'il n'y a pas de choc des civilisations, que le racisme peut être surmonté. C'est aussi un bel hommage à tous ces bénévoles qui s'emploient auprès des migrants et un formidable exemple positif au moment où l'Union Européenne se bunkérise, laissant mourir des milliers de personnes en pleine mer, et tolère des murs de barbelés en Hongrie ! Rien ne résiste à Romica, le lecteur non plus.

Messages, juillet-août 2016

À lire

 

Valérie Rodrigue, journaliste parisienne, se lie avec Romica, une jeune femme rom roumaine qui fait la manche en bas de chez elle. Leur étonnante amitié permet à l'énergique Romica de quitter le pavé, d'obtenir des diplômes, de trouver un métier et un pays : la France. Un récit revigorant !

Actualités sociales hebdomadaires, 24 juin 2016

La lente métamorphose d'une jeune femme

par Clémence Dellangnol

 

Rien ne résiste à Romica, et surtout pas Valérie Rodrigue. Journaliste, ancienne "sous-chef dans un magalogue, un magazine-catalogue sans contenus à part des produits et des cadeaux sous blister", Valérie Rodrigue n'a "pas toujours mis de l'argent dans les gobelets". "Je suis souvent passée sans les voir", reconnaît-elle. Jusqu'à sa rencontre avec Romica, ses "cheveux en colère", son regard fermé et sa fille de 18 mois, assise dans le froid devant le bureau de La Poste. (...) Le début d'une grande amitié, et surtout d'un accompagnement rapproché qui va durer plusieurs années. Habituée à une "vie dorée", Valérie Rodrigue découvre la misère du bidonville, les exigences de la survie et le rejet millénaire des Roms, où qu'ils aillent, quoi qu'ils fassent. Elle qui déteste la paperasse se retrouve à constituer des dossiers, à faire la queue à la préfecture, à parlementer avec des fonctionnaires plus ou moins bien disposés. (...)

D'abord méfiante, la jeune femme se laisse peu à peu apprivoiser. Et retrouve, une procédure après l'autre, l'espoir d'une vie nouvelle - acheter une voiture, payer avec des cartes de crédit, devenir palefrenière ou femme de ménage, parce que "mendiante, c'est pas un métier". Grâce au talent de conteuse de Valérie Rodrigue, le lecteur assiste à la métamorphose de la jeune femme, pleine de doutes mais obstinée, partagée entre sa communauté et son envie de se fondre dans le décor. Une histoire de solidarité évidente, motivée par cette seule considération : "Il faut pouvoir se regarder dans la glace sans avoir honte de soi."

Le Parisien Essonne, 22 mai 2016

Une dédicace poignante pour la Rom héroïne de roman

par Cécile Chevallier

 

Elles pensaient ne faire que de la figuration. Finalement, elles ont vendu plus d’une dizaine d’exemplaires de « leur » livre, malgré la pluie. En marge de la brocante de Longpont-sur-Orge ce dimanche après-midi, la journaliste et romancière Valérie Rodrigue a dédicacé son dernier livre, « Rien ne résiste à Romica ».

Elle était accompagnée de Dora, la Rom qui lui a inspiré cette incroyable histoire. « Quand je repense à mon cabanon du camp de Massy, la manche sur les trottoirs, mon arrivée à Longpont après l’évacuation de Massy et aujourd’hui, une dédicace de livre, cela semble irréel. Quand je vois d’où je viens, je suis très fière » , confie Dora. Si les deux femmes ont déjà signé des autographes dans des librairies parisiennes, cette dédicace à Longpont était symbolique.

« C’est ici que Dora est sortie de la survie, rappelle Valérie Rodrigue (...). Avec son mari, elle a été très aidée par le père de la basilique de Longpont, Frédéric Gatineau (rebaptisé père Danien dans le livre, ndlr). Cela a été une renaissance. » Dora approuve. « C’est ici qu’on a pu se poser. Je suis heureuse de revoir aujourd’hui des gens qui nous ont aidés et de leur montrer avec ce livre ce que je suis devenue. »

Après une remise à niveau scolaire « totale » en 2015, Dora est aujourd’hui inscrite à une formation pour devenir auxiliaire de vie. Elle s’est aussi familiarisée avec les projecteurs : il y a quelques jours, elle était invitée l’émission de France 5 « C à vous ». « Juste avant d’entrer en plateau, j’ai senti qu’elle stressait, raconte la romancière. Je lui ai rappelé qu’on avait connu bien pire : les heures passées en préfecture pour régulariser sa situation ou le combat mené pour récupérer ses enfants. Elle s’est aussitôt détendue. »

Le Parisien Essonne, 20 mai 2016

Dora, maman rom, va dédicacer le roman dont elle est l'héroïne

par Florian Loisy

 

« C’est l’histoire de notre histoire. » Valérie Rodrigue, journaliste et romancière installée à Montrouge (Hauts-de-Seine), a rencontré Dora sur le trottoir près de chez elle. Cette maman rom, enceinte et une fillette dans les bras y faisait la manche voici cinq ans.

Entre elles, le contact se noue. Il a débouché ces dernières semaines sur la sortie du livre « Rien ne résiste à Romica » qui raconte les liens que ces deux femmes ont tissés entre elles durant la lente réinsertion de Dora, rebaptisée Romica dans l’ouvrage.

La romancière et l’héroïne du livre seront en dédicace ce dimanche de 14 heures à 18 heures, derrière la basilique de Longpont, durant la brocante de la ville. Un endroit que Dora connaît parfaitement puisqu’elle a cohabité avec le père Gatineau, recteur de la paroisse, lorsqu’elle a été contrainte de quitter le camp rom de Massy ravagé par les flammes.

Les débuts remontent à l’hiver 2009-2010. Valérie Rodrigue, voit cette mère d’une vingtaine d’années et cette enfant de 2 ans, malade, dans ses bras. (...)

Elle s’engage auprès d’elle pour lui obtenir des papiers, une formation, une régularisation. Pendant ce temps, Dora-Romica rentre auprès de son mari Ali dans le camp rom insalubre de Massy. Mais leur cabanon brûle. Le couple est hébergé à Longpont chez celui qui est appelé le père Damien dans le livre. « D’une carrure athlétique, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le cas », plaisante Frédéric Gatineau, le prêtre de la paroisse de Longpont. L’ecclésiastique est devenu le parrain de la petite Chanel née quelques semaines plus tard. « Ali, le mari de Dora, m’a demandé de choisir le prénom, j’ai fait une liste et ils ont choisi Chanel. »

Aujourd’hui, grâce à l’aide de Valérie, des associations et du père Gatineau, Ali et Dora ont pu récupérer leurs deux plus grandes filles qui sont scolarisées, tout comme Sarah et Chanel. Ali est jardinier. Et Dora a décroché une formation pour devenir aide-soignante. La petite famille vit dans un appartement à Antony (Hauts-de-Seine). Et ce petit monde se retrouve régulièrement pour les fêtes ou les anniversaires. Mais ce dimanche c’est pour partager ce vécu autour du livre qui raconte cette belle histoire.

Bookalicious, 6 mai 2016

Rassurantes étrangetés

 

Ils sont bizarres, ces livres. Etranges. Appartiennent à des sphères plus mouvantes, plus incertaines et plus obscures que celles qui nous voient habituellement nous enthousiasmer. (...) Ces livres sont des objets de culture, de réflexion, d’évasion et leur étrangeté nous rassure !

 

(...) Les Roms, le coeur d’un débat social et politique sans fin. Ces gens qui n’auraient pas les mêmes codes que nous et ne pourraient s’adapter à notre si belle et lumineuse société moderne et humaniste, comme l’a si bien dit notre Premier Ministre en manque de droites. Société éclairée qui tourne le dos à ces voleurs de poules, ces comédiens, ces escrocs qui pourrissent nos trajets en métro et nous culpabilisent à coup d’enfants larmoyants sur les trottoirs du 11e. Après tout, pourquoi ne restent-ils pas chez eux, hein ? Pourquoi ne pas démolir leurs camps de fortune et éclater leurs familles, les humilier, leur limiter l’accès aux soins élémentaires et les traiter comme des moins que rien ? Bénévole auprès de Roms, la romancière Valérie Rodrigue s’est intéressée au cas d’une jeune maman pour laquelle elle s’est battue dans un bras de fer intense avec les institutions. Elle ne cache rien de la misère, de la souffrance, de la fierté, rien de l’abjection du système français ni de ses quelques lueurs d’espoir. Un livre témoignage fort et touchant qui nous donne une belle leçon d’humilité et d’humanité ! (...)

Facebook, 2 mai 2016

Rien ne résiste à Romica

par Éliette Abécassis

 

Remarquable livre de Valérie Rodrigue, qui touche à une vérité profonde sur l'homme et la société. Une histoire d'amitié avec cette femme que nous voyons tous, sur le trottoir, avec son enfant et devant laquelle nous passons. Écrite avec style, élégance et précision. Superbe et émouvant !

France 5, 15 avril 2016

Blog Les Lectures d'Antigone, 13 avril 2016

Rien ne résiste à Romica, Valérie Rodrigue

par Antigone

 

 "Du jour où je suis devenue son Angelash, son Angel, Romica ne m'a plus vue comme une très grande personne ni elle en tout petit, au bas de la feuille."

 

Ce livre est un récit, celui d'une amitié (qui a véritablement vu le jour), entre Valérie Rodrigue et Romica, cette jeune femme roumaine, rom, enceinte, mendiant avec sa petite fille près du bureau de poste du quartier où habite la journaliste parisienne. A partir du moment où la journaliste prend Romica sous son aile, s'intéresse à ses conditions de vie, à sa grossesse, tout va être fait pour que la mendicité, la cabane dans le camp, ne soient plus une fatalité. (...) La journaliste ouvre largement les portes de sa maison, se donne sans compter, pour celle qui si elle avait pu aurait voulu être médecin. Et Romica prend peu à peu confiance en elle, déploie son corps, grâce à l'aide de son ange gardien, fait valoir ses droits, trouve un logement pour sa petite famille, des heures de ménage, et rêve tout à coup qu'elle puisse devenir, peut-être un jour, à force de travail et de persévérance, aide-soignante.

Ce livre a une force très intéressante, vive et attachante. J'ai beaucoup aimé avec lui mieux connaître tout ce que l'on ne nous dit pas sur les Roms, l'actualité préférant leur attribuer des qualificatifs peu amènes, montrer les camps que l'on démonte, la nuisance, la mendicité, la peur de l'autre. Valérie Rodrigue apporte un point de vue différent, de l'intérieur, un point de vue de bénévole qui s'implique et croit en certaines personnalités, tout en ne cachant pas ce qui parfois ne fonctionne pas, les désillusions. C'est, il me semble, un livre utile que celui-ci, éclairant. En le refermant, on a envie qu'il soit lu plus largement et aussi de poser un autre regard sur ces femmes assises sur les trottoirs dans nos villes, parce qu'il y a les campements, les codes, la Roumanie au loin, tout ce que nous ignorons. Et puis l'histoire est belle, elle donne envie de croire en l'être humain, et c'est assez rare pour le souligner.

Les Enfants du canal, 8 avril 2016

Journée internationale des Roms, l'émission de radio

 

À écouter ici (troisième partie, 8 mn 50 s).

Blog Ça pétille, avril 2016

Rien ne résiste à Romica

par Manon

 

(...) Je ne vous apprends rien quand je dis que nous, Français, sommes pleins de préjugés. Pour la majorité, les « Roms » sont synonymes de complications et même de criminalité si l’on est tout à fait honnête. Vols, casses, campements illégaux, prostitutions, trafics, etc. Pourtant, les Roms sont simplement des Roumains pauvres qui ont quitté leur pays pour essayer d’avoir une seconde chance, de mieux vivre en Europe de l’Ouest. C’est le cas de Romica et de son mari Izac, mariés de force, l’une à 14 ans, l’autre à 17. Il n’y avait rien pour eux en Roumanie, alors ils ont donné toutes leurs économies pour partir s’installer en France. C’était pour eux l’Eldorado, les histoires qu’on racontait au pays sur cette nouvelle vie faisaient rêver.

Mais la réalité était tout autre. Des camps de fortune à côté d’autoroutes, des cabanes en bois et taule, la manche, la décharge surnommée Las Vegas car l’on y trouvait parfois des trésors. La jeune Romica, enceinte, un bébé dans les bras, ne supportait plus cette vie à mendier devant une poste parisienne.
Valérie Rodrigue, journaliste, a commencé à s’investir dans des camps de Roms pour l’aide aux devoirs des quelques enfants scolarisés. C’est à partir de ce moment-là qu’elle a vu, vraiment vu, la jeune femme et son bébé qui mendiaient devant la poste de son quartier. Rapidement, elle a voulu les aider, leur apporter son soutien, les connaître même. C’est ainsi qu’est née leur invraisemblable amitié et qu’a commencé le long et fastidieux parcours d’insertion de Romica en France. La jeune fille était pleine de fougue, intelligente et ambitieuse, même si parfois il était plus facile de retourner au camp avec les autres, plutôt que d’essayer de s’en sortir.
La journaliste s’est démenée pour aider cette famille, pour faire valoir leurs droits sur le territoire français. Elle a monté de nombreux dossiers et a patienté avec eux dans les administrations. Elle s’est alors rendue compte combien la France est belle sur le papier mais un peu moins dans la réalité. Le moindre papier manquant, la non-application de nouvelles lois, l’impatience des fonctionnaires territoriaux envers les émigrés, plein de « détails » qui montrent l’hypocrisie de notre pays : Liberté, Égalité, Fraternité.

Ce livre fait éclater de nombreux préjugés et clichés, il montre l’envers du décor, le côté des Roms qui sont ici pour s’en sortir et non pour nous « voler ». On sent la fibre journalistique dans l’écriture de Valérie Rodrigue, qui donne à l’histoire un ton honnête et expose les faits avant tout. Leur amitié est belle, même lors des disputes et des renoncements. On a envie que Romica aille au bout de ses rêves, comme Valérie, surnommée Angel par la jeune fille. On s’aperçoit aussi qu’il y a des gens en France capables de se battre pour les autres, pour les étrangers et c’est un souffle d’espoir qui fait du bien.
J’ai vraiment apprécié cette lecture courte (174 pages) et quasi documentaire et remercie encore Fanny pour cet envoi.

Peps News, 8 avril 2016

Coup de cœur livre : "Rien ne résiste à Romica"

par Isabelle Paris

 

Parler du « problème rom » sans pathos, ni clichés, ça change. Pas d’angélisme dans ce « docu fiction ». Comme Valérie, la narratrice, journaliste parisienne, on croise chaque jour des Romica, jeunes femmes rom roumaines qui font la manche avec leur bébé. « L’enfant, il dort ou il est malade  ? » Valérie s’approche, revient jour après jour, une curiosité réciproque, des sourires, des coups de gueule… Enfant, Romica voulait être médecin. A quinze ans, elle était mariée, à vingt, elle mendiait devant la poste. « Tout avait fermé en Roumanie, à la chute du communisme. Les fermes collectives, les usines, les coopératives ». La jeune femme a trois enfants, attend le quatrième et dort dans une cabane, au bidonville. Son énergie, son sourire, sa misère donnent envie à Valérie de se battre avec elle : « La médecine, c’est ton rêve d’enfant, Romica. Tu as de la chance d’en avoir un, il va te porter peut-être même plus loin que médecin ». Dans ce drôle de road movie qui met en scène une rencontre improbable, on suit les deux femmes dans leur bourlingue aux quatre coins de l’île de France, dans leurs démarches administratives à la don Quichotte et dans leurs virées au presbytère de Longpont, chez le prêtre qui héberge des familles à la rue. (...) A quand le film pour ce Thelma et Louise avec happy end ?

Marie-France, avril 2016

La battante

par Sylvie Metzelard

 

Le récit d'une rencontre improbable entre une jeune maman rom et une journaliste parisienne a priori plus portée sur les fringues que sur l'accueil des immigrés. Pourtant, un truc les relie : l'énergie. Romica, dans le refus de demeurer mendiante des rues (...), et notre narratrice dans le besoin de faire bouger les choses, de lutter contre les préjugés. Ce livre, c'est le portrait d'une femme intelligente et courageuse aidée dans son combat par une autre femme pour acquérir éducation et indépendance. C'est un souffle, un espoir, où le manichéisme n'a pas lieu d'être. C'est joyeux et remarquablement écrit. Romica, on l'aime et on y croit.

Blog Beth El Vallée, 1er avril 2016

"Rien ne résiste à Romica" de Valérie Rodrigue : un grand coup de cœur

propos recueillis par Nathalie Bethel

 

Plus qu’un livre, c’est le récit d’un combat, d’un courage et de deux personnalités fortes que nous côtoyons dans ce magnifique ouvrage que je conseille à tous. Vous comprendrez pourquoi il faut toujours voir le verre à moitié plein.

Un énorme coup que je partage sans modération avec vous, une très belle leçon de vie ! Formidable !

 

(...) Comment est né ce livre ?

J’écris pour témoigner, c’est ma démarche, en tant que journaliste et en tant qu’écrivain. Après le discours de Grenoble en 2010, dans lequel Sarkozy stigmatisait les Roms et mélangeait tout, Roms, gens du voyage et délinquance, j’ai décidé de réagir, de militer. Et durant trois ans, j’ai fait de l’aide aux devoirs sur un village d’insertion rom roumain dans le 93. Puis j’ai rencontré Romica, une jeune femme qui faisait la manche dans mon quartier. Au contact des familles du village et de Romica, j’ai mieux compris la situation des Roms en France. Ainsi est née l’envie d’écrire sur leur vie, leur culture. Sans savoir quelle forme pourrait avoir ce projet d’écriture. Puis un jour, je me suis dit « le sujet est là, sous tes yeux » : Romica, avec laquelle de mois en mois je m’étais liée. Notre amitié, nos fous rires.

 

Qui est Romica et quel est son parcours ?

Romica est une jeune femme rom roumaine. Aujourd’hui auxiliaire de vie, elle se destine au métier d’aide-soignante. Maman de quatre enfants, elle est mariée et vit en banlieue parisienne. Elle aime la natation et fait du théâtre. A 10 ans, elle aimait l’école et rêvait de devenir médecin. A14 ans, elle était mariée, à 15, elle accouchait de son premier enfant, à 18, elle mendiait en banlieue parisienne. Quand je l’ai vue la première fois, il neigeait, elle ne bougeait pas, sa fille serrée contre elle dans un manteau pour deux. Elle avait l’air en colère. Je me suis approchée, elle parlait assez bien le français. J’ai vite découvert son sens de l’autodérision et comme je voulais l’aider et qu’on allait passer pas mal de temps ensemble, je me suis dit « chouette, je ne vais pas m’ennuyer avec elle ». (...)

 

Vous avez un regard juste sur le parcours de cette femme et vous nous expliquez comment Romica surmonte la précarité au quotidien. Êtes-vous allée sur le terrain, pour nous proposer autant de détails ?

Je suis allée durant trois ans chaque mercredi sur le village d’insertion, qui est une sorte de bidonville organisé, encadré par des travailleurs sociaux. Ensuite, ayant accompagné Romica dans toutes ses démarches, je suis évidemment allée sur tous les sites où elle a vécu, y compris sur les bidonvilles. Il y a de la vie, sur un bidonville, vu qu’il y a des gens, il n’y a pas que de la tristesse. Il y a eu les bons moments, les anniversaires, les petites fêtes. (...)

 

Romica est spéciale, il se dégage d’elle quelque chose de très singulier ; c’est ce qui vous a attirée vers elle ou aviez-vous l’impression de vous reconnaître en elle ? 

J’ai aimé sa fierté, son côté rebelle, et puis son courage lorsqu’elle a réalisé qu’il lui faudrait beaucoup de travail et de ténacité pour rattraper ses années d’école perdues et se remettre à niveau. Elle n’a jamais baissé les bras, même dans les moments de doute. Elle n’avait rien à perdre, en même temps, d’où sa force. J’ai voulu l’aider parce qu’elle avait une demande précise : sortir de la misère et accéder à une vie digne. Et cela passe par le boulot. Elle a fait du ménage pour obtenir le permis de travail et la carte de séjour, ce qui lui a donné une légitimité sur le territoire. Ensuite, elle a décroché une formation rémunérée. J’ai voulu l’aider parce qu’elle ne pouvait compter sur personne, que sa mère était en Roumanie et qu’elle l’avait mariée à l’âge où on passe le brevet. Je me suis prise d’affection pour Romica parce que j’ai vu sa solitude et sa misère non seulement matérielle mais aussi morale. Et je me suis reconnue en elle dans un parcours difficile et solitaire. J’ai voulu être sa bonne fée comme d’autres femmes avaient aussi été des fées pour moi, mon éditrice, ma première rédactrice en chef…

 

Quand vous discutez, on sent des affinités entre vous et des ressemblances. Peut-on se confier plus facilement à quelqu’un dont le parcours familial ressemble à celui de sa propre famille ?

Malgré la différence d’âge, car je pourrais être la mère de Romica, oui, nous avons beaucoup d’affinités. Elle s’est beaucoup confiée à moi parce que je sais écouter. Ni optimiste ni pessimiste, je suis réaliste, pragmatique, ce qui l’a toujours rassurée. Son histoire familiale, ses origines roms, tout cela m’a renvoyé à l’histoire de ma famille, des Juifs de Turquie, d’Algérie et d’Espagne, des gens pauvres, des gens rejetés, des exilés aussi. Le racisme anti-rom est enraciné en Roumanie, depuis longtemps. Romica en a souffert à l’école, elle était la Rom de service, promise à l’échec parce que rom. En Roumanie, l’école est payante, si les enfants roms ne peuvent pas y rester longtemps, c’est pour des raisons économiques. Les Roms sont depuis longtemps écartés du système scolaire et social, d’où leur situation de misère. Mais on a voulu faire croire que ce serait leur origine ethnique qui les prédisposerait à l’inculture, à une vie de nomade et de saltimbanque. Pour en revenir à mon vécu, j’ai eu aussi à supporter le racisme durant mon enfance ; c’était les années Giscard, dans la campagne française, l’antisémitisme ordinaire était habituel. On vous y traitait de sale Juif librement, sans complexe. Je n’étais pas invitée aux goûters d’enfants parce que nous n’allions pas à la messe le dimanche, nous avions été amenés à dire que nous étions juifs. Dans le village, j’ai été une petite fille mise à l’écart à cause de ses origines. Donc la souffrance de Romica ne m’est pas étrangère.

 

Quel est l’avenir des Roms en France ? Peut-on parler d’intégration ? L’espoir qui se dégage dans votre livre avec un final d’exception, peut-il être un exemple à suivre ?

Les Roms de France viennent des Balkans, Roumanie, Bulgarie, etc. Soit environ 20 000 personnes, une donnée constante depuis l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007. Il n’y a donc pas eu le raz-de-marée promis en 2014, fin des mesures transitoires. L’avenir de cette population en France dépend de la bonne volonté des pouvoirs publics. On a vu que les expulsions de terrain ne servent à rien : elles coûtent une fortune, ne servent qu’à précariser un peu plus des gens dans la misère qui vont aller grossir d’autres camps, ce qui va énerver un peu plus la population locale qui y voit une invasion de misérables. Et au lieu de payer des nuitées d’hôtel social qui coûtent cher et ne servent à rien, on ferait mieux d’ouvrir davantage de foyers pour familles, qui ont le mérite d’apporter un vrai suivi social et de permettre l’intégration dans de vraies et bonnes conditions. Romica n’est pas une exception, même s’il est vrai qu’elle a la chance d’être déterminée, intelligente et assez instruite, à la base, ce qui va dans le sens d’une reconversion rapide. Je l’ai aidée mais je n’ai jamais fait d’assistanat, Romica a été partie prenante dans toutes les démarches la concernant, ce que j’ai apprécié.

 

Quelquefois, j’ai eu l’impression, que tel Don Quichotte, vous vous battiez contre des moulins à vent, n’avez vous jamais perdu espoir ?

Il a fallu se battre contre une machine administrative qui met souvent des bâtons dans les roues, qui rend l’accès au droit commun extrêmement compliqué. Une famille étrangère qui parle mal la langue ne peut absolument pas se débrouiller toute seule. Nous avons été souvent démoralisées mais nous avons été soutenues par des gens formidables, un prêtre, des bénévoles et aussi par une élue de gauche. Nous nous sommes battues avec ténacité, car il s’agissait de faire respecter le droit de Romica… à bénéficier de ses droits. On ne demandait pas la lune.

Femme actuelle, 29 mars 2016

Romica, l'histoire de l'intégration réussie d'une jeune Rom

par Sandrine Mouchet

 

Cette jeune Rom était promise à la mendicité en France. Un destin qu’elle est parvenue à déjouer. Un livre raconte aujourd’hui son édifiante histoire.

 

Jamais elle n’aurait imaginé être un jour l’héroïne d’un livre. Dans Rien ne résiste à Romica (voir ci-dessous), sa vraie identité est cachée, mais c’est bien elle. A l’état civil, elle s’appelle Dora. Elle a 25 ans. Rom, elle est née dans un village des bords de la mer Noire en Roumanie. « C’est comme si j’avais retrouvé quelqu’un que j’ai connu il y a longtemps », confie la jeune femme aux grands yeux noirs et doux, à la lecture du récit. Et d’ajouter, une pointe de fierté dans la voix : « Ça fait plaisir de voir le chemin parcouru. » Aujourd’hui elle vit dans un logement social propre et paisible en banlieue parisienne, avec son mari, Ali, et leurs quatre filles âgées de 3 à 10 ans. Le couple suit une formation en alternance qui leur permet de vivre avec l’équivalent d’un SMIC. Lui à la mairie de Montrouge (92) pour devenir jardinier, elle dans une maison de retraite de la ville pour être auxiliaire de vie. Le chemin n’a pas été facile pour en arriver là.

En 2008, quand ils échouent dans un bidonville d’Île-de-France, Ali a 21 ans, Dora 17. Elle ne maîtrise pas le français. « Je savais juste dire ”bonjour” et ”c’est joli, c’est pas joli”, au lieu de ”c’est bien, c’est pas bien” », dit-elle en riant. Le mariage ? A 15 ans, elle n’a pas eu le choix. Le premier enfant, une fille, est vite venu. Lorsqu’elle arrive au « Platz » (bidonville), elle attend la deuxième. Il faut payer au chef du camp le droit d’y habiter une cabane qui ne les abrite pas de grand-chose. Ali se retrouve à bricoler dans la ferraille et elle à mendier sur un bout de trottoir. Ce qu’elle fera pendant quatre ans. « Je pensais que  la vie, ce serait la manche et le bidonville jusqu’à la mort. » (...)

Et puis un jour de neige, en février 2012, une femme s’arrête. « Elle n’était pas comme les autres, je me sentais une vraie personne. » Cette femme, c’est Valérie Rodrigue, une journaliste. Entre elles deux, s’installe une vraie complicité. Ensemble, elles vont déjouer la fatalité du « Platz » et de la misère. « Cette histoire, c’est un road movie à la Thelma et Louise dans les arcanes de l’administration française », résume Valérie.  Il leur faudra un an et demi d’efforts et de ténacité pour que Dora obtienne une autorisation de travail. Le sésame pour sortir de la rue. Elle commence par faire des ménages. L’an dernier, grâce à la mission locale de son département, elle a suivi un stage de remise à niveau en français et maths et obtenu le certificat de « meilleure stagiaire ». Elle n’en est pas peu fière. C’est ce qui lui a permis de décrocher sa formation d’auxiliaire de vie. Mais la jeune maman ne veut pas s’arrêter là. Son but ultime : passer le concours d’aide soignante. Dora-Romica aime être utile aux autres...

Femme actuelle, 29 mars 2016

Un antidote aux préjugés

par Sandrine Mouchet

 

Journaliste et auteur, Valérie Rodrigue est par ailleurs bénévole pour le Secours catholique et les Restos du Cœur depuis plusieurs années. Cet engagement citoyen nourrit son cinquième livre, Rien ne résiste à Romica. (...) Cette chronique tonique et poétique d’une intégration réussie dynamite au passage pas mal de préjugés. C’est aussi l’histoire de l’improbable amitié entre deux femmes qui n’avaient a priori rien en commun.

Huffington Post, 25 mars 2016

"Romica", parcours d'une intégration réussie et portrait d'une France bénévole, vraie et généreuse

par Valérie Rodrigue

 

(...) Le "vivre ensemble", l'esprit de solidarité, c'est ce qui anime entre 14 et 18 millions de Français bénévoles dans des associations. Un jeune sur cinq s'engage pour une passion comme le sport mais aussi pour une cause comme l'accueil des réfugiés, ou le soutien aux SDF, ou encore, l'aide aux devoirs auprès des familles les plus démunies.

A l'heure où l'on a voulu conditionner les allocations au bénévolat, pour revenir sur ce qui doit rester un engagement personnel, des Français se lèvent tôt le matin ou se couchent tard le soir pour aider leur prochain et braver les obstacles administratifs.

C'est cette France des droits de l'Homme, la France black blanc beur qui aime et aide son prochain, que j'ai voulu mettre en scène dans mon livre, un document-fiction, Rien ne résiste à Romica.

Je me suis intéressée à la situation des Roms en France lorsque le discours politique est devenu stigmatisant et les expulsions de plus en plus nombreuses. Je voulais comprendre pourquoi les Roms des Balkans viennent ici, quitte à supporter la misère d'un bidonville et la mendicité pour toute source de revenus. Jusqu'en 2014, des mesures transitoires limitaient l'accès des Roumains et des Bulgares au monde de l'emploi.

Via le Secours catholique, j'ai pu faire de l'aide aux devoirs sur un village d'insertion rom en Seine-Saint-Denis, un bidonville autorisé et encadré par des travailleurs sociaux. C'est au contact des familles et des enfants que j'ai pu comprendre la réalité de leur vie, leur culture et leurs aspirations, ce dont on ne parle jamais, nulle part.

Lorsque j'ai rencontré Romica, jeune femme rom roumaine qui faisait la manche en bas de chez moi, j'ai décidé de l'aider. Parce que la jeune femme me l'a demandé, parce qu'elle était enceinte de son quatrième enfant, et qu'on ne laisse pas une famille à la rue, sur le trottoir.

Enfin, parce qu'elle avait un rêve, Romica, celui de devenir médecin. Mais la vie de misère n'autorise pas les rêves, seulement le mariage à l'âge de la puberté et les grossesses non désirées à la suite. C'est ça naître fille et rom dans les Balkans.

J'ai construit ce livre comme un road movie où l'on nous voit toutes deux devenir des amies et nous battre ensemble pour la reconnaissance de ses droits fondamentaux et son accès à une vie digne. Nous avons parcouru en tous sens la banlieue parisienne, avons été Don Quichotte face à l'administration, nous nous sommes disputées, réconciliées, nous avons enfin tenu le bon bout lorsque Romica a obtenu une résidence sociale avec sa petite famille puis une formation pour être auxiliaire de vie puis aide soignante. C'est avant tout le portrait d'une jeune femme courageuse et colérique mais aussi le parcours d'une intégration réussie.

Romica, c'est Dora, jeune femme rom roumaine de 25 ans, arrivée en France en 2008 par le circuit des passeurs. Elle ne s'attendait ni à cette misère ni à faire la mendicité. Venant d'un ancien pays communiste où la contraception était interdite, elle a eu quatre enfants (mariée à 14 ans) et plusieurs avortements sauvages sur les bidonvilles. 

Elle a vécu des dizaines d'expulsions de terrain, des incendies, sa fille aînée est une miraculée. Lorsque je l'ai rencontrée, en 2012, elle mendiait, enceinte, devant la poste, le visage fermé, les poings enfoncés dans les poches, trop fière pour aller vers les gens. Je me suis occupée d'elle, pour l'accès à ses droits, pour lui redonner confiance en elle et dans la vie. 

Pour avoir le permis de travail, elle a fait du ménage déclaré chez des particuliers et pour une grosse société de ménage. Il a fallu deux ans et demi pour que ses papiers soient à jour, complets et qu'un assistant social monte un dossier pour elle et sa petite famille (un mari et quatre enfants). 

En 2015, ils ont été acceptés dans un foyer pour familles avec suivi social et elle a pu, ayant moins de 25 ans, bénéficier d'une remise à niveau par la Mission Locale. Ensuite, elle a pu valider une alternance école/travail sur site (maisons médicalisées). Elle a toujours aspiré à une vie digne, avec des projets et un minimum de sécurité pour ses enfants. Elle fait du théâtre, en loisir et se plaît à jouer d'autres vies que la sienne dont du George Sand.

Radio Nova, 10 mars 2016

De la Roumanie jusqu'à Paris

par Armel Hemme et Marie Misset

 

Valérie Rodrigue était l'invitée de "2 h 15 avant la fin du monde".

À écouter ici.

Blog Clara et les mots, 9 mars 2016

Un livre nécessaire

par Clara

 

Alors que  Romica faisait la manche au même endroit depuis quatre ans, Valérie Rodrigue a remarqué sa présence (car quelquefois, il faut un élément déclencheur pour « voir » ce que l’on voit sans y prêter attention). La poussette avec l’enfant, les sacs en plastique (« C'est bien le signe d'une vie à la rue, les sacs en plastique») et ce besoin pour la journaliste d’aider cette jeune femme rom enceinte.
Les Roms sont souvent diabolisés (des voleurs) dans les esprits quand ce n’est pas par les politiques eux-mêmes. En 2010, le président de la République, lors de son discours de Grenoble, parle  à la fois « des gens du voyage, de la délinquance et des Roms, comme si tout cela était indissociable ». Après ce discours, Valérie Rodrigue participe à l’aide aux devoirs auprès des enfants roms  et s'implique auprès de Romica, jeune femme mariée très jeune contre son gré puis arrivée en France avec son mari. (...)
Romica, enceinte, doit être suivie médicalement comme sa fille. Mais il faut lever des barrages et les appréhensions de Romica. Lui faire comprendre qu’elle a des droits, qu’elle peut espérer et vouloir plus d’un cabane car Romica rêve de travailler.
Valérie Rodrigue va devoir gagner la confiance de Romica, comprendre les règles des Roms (qui parfois freinent Romica), leur culture et leurs valeurs, tordre le cou aux préjugés, que ce soit du côté des Roms ou de ses amies. Elle découvre la complexité, les aberrations de l’administration. Et des barrages, il y en a beaucoup mais ensemble, elles vont les lever : de l'Aide médicale d'État à la scolarisation des enfants, de l'obtention d'une formation à un emploi.
Ce récit d’une amitié et de l’intégration réussie de Romica est tout simplement formidable parce que Valérie Rodrigue peint une réalité sans chercher à l’embellir. L’auteur n’oublie pas de parler du travail des bénévoles, des réussites comme des échecs. Et puis, il y a des phrases qui font froid dans le dos, les Roms sont stigmatisés comme d’autres le furent à d’autres époques pour leurs origines avec les conséquences que l’on connaît. Une lecture plus que nécessaire à mes yeux !

Le Dauphiné libéré, 7 mars 2016

On y arrivera...

par Florence Dalmas

 

Elle, c’est Romica. Une tignasse noire, un manteau trop grand, un bébé dans une poussette déglinguée et un autre à venir encore niché au creux du ventre. Chaque jour, inexorablement, Romica s’installe devant la poste, un gobelet posé sur le trottoir. Ne pas mendier, c’est ne pas manger. Elle, son rêve c’était d’être mé-decin. Mais quand on est rom de Roumanie c’est bien un rêve auquel on n’a pas droit. Alors elle reste là, récoltant ses quelques pièces avant de retourner au camp. Parce que c’est comme ça. Parce que c’est la vie. Parce qu’elle est rom.

Et puis un jour, elle a rencontré Valérie. Valérie qui ne l’avait jamais vraiment vue, jamais vraiment remarquée. (...) Entre ces deux femmes que tout oppose naîtra une histoire d’amitié et de confiance réciproque. Une histoire qui sera aussi celle d’une intégration réussie mais seulement au terme d’un harassant parcours du combattant entre racisme, peurs, résignation et complexité administrative. Parce que finale- ment rien ne résiste à Romica. Parce qu’il y a parfois des histoires qui finissent bien, pour peu que l’on accepte de se battre pour forcer le destin...

L'Express.fr, 3 mars 2016

"Les Roms rêvent de la Suède, pas de la France"

propos recueillis par Axel Gyldén

 

De son expérience de bénévole auprès des Roms, la romancière Valérie Rodrigue a tiré un livre en forme de road-movie, Rien ne résiste à Romica, l'occasion de plonger dans l'intimité d'une communauté mal connue. Interview.

 

Pourquoi un livre sur les Roms ? 

A cause du "discours de Grenoble" prononcé par Nicolas Sarkozy en 2010. Entendre le président mélanger dans la même phrase "Roms", "gens du voyage" et "délinquance", comme si tout cela avait un lien, m'a fait bondir. Mon compagnon, bénévole aux Restos du coeur, m'a dit : "Si tu veux changer les choses, engage-toi, milite !" J'ai rejoint le Secours catholique pour faire de l'aide aux devoirs aux enfants roms dans le 93. J'ai découvert leur culture et leurs valeurs. Plus tard, j'ai connu Romica qui faisait la manche dans mon quartier. Nous sommes devenues amies. Et j'en ai fait ce récit de témoignage.

 

Qu'avez-vous appris au contact des Roms?  

On se permet avec eux des choses qu'on ne se permet pas avec d'autres. Ils ne représentent rien politiquement. C'est le punching-ball idéal. Moi-même, j'ai changé de regard. Lorsque j'ai abordé pour la première fois Romica, je me suis adressée à elle de la manière suivante : "Bonjour, vous êtes rom ?" Elle m'a expliqué plus tard que cela ne se faisait pas. C'est comme dire : "Bonjour, vous êtes juif ?" ou "Bonjour vous êtes arabe ?" Cela ne viendrait à l'idée de personne. Etre mendiant n'empêche pas d'être sensible à la politesse...

 

D'autres exemples?  

Il y a le cas, bien connu, de Maria-Francesca, ce bébé mort en décembre 2014, auquel la municipalité de Champlan (Essonne) avait refusé un permis d'inhumer. Pendant trois ou quatre jours, personne ne voulait accorder de sépulture à cet enfant. On ne veut des Roms ni vivants, ni morts. Finalement, le maire de la commune voisine, Wissous, a accepté d'accueillir le corps au cimetière municipal. 

Dans mon livre, je raconte les obsèques de Maria-Francesca à l'église. Une cérémonie belle, digne et intelligente, à l'opposé du bruit médiatique autour de ce tragique épisode. Au cimetière, les parents endeuillés se sont agenouillés devant le maire pour le remercier d'accueillir la dépouille de leur fille. Quelques jours plus tôt, celui-ci avait pourtant ordonné la destruction de leur campement...

 

Pourquoi les Roms viennent-ils en France ?  

En fait, la France n'est pas une destination très recherchée, ni par les Roms, ni par les autres migrants. Mais le français est une langue latine, comme le roumain, ce qui facilite la communication. Le pays qui les fait rêver, c'est la Suède.

 

Retournent-ils régulièrement dans leur pays ? 

Ils rendent visite à leurs familles, à leurs enfants, qu'ils confient aux parents restés au pays. En faisant la manche, ils parviennent à survivre et à envoyer un peu d'argent chez eux. Il s'agit de sommes modiques. Lorsqu'ils parviennent à trouver un boulot déclaré, par exemple dans le bâtiment ou les services à la personne, et à se loger, ils parlent d'avenir en France, beaucoup moins de retour au pays. Depuis 2014, la loi leur permet d'entrer sur le marché de l'emploi comme tous les autres Européens.

 

Sont-ils organisés en réseau ?  

Comme tout le monde, les Roms s'organisent. Cela ne fait pas d'eux des mafieux. 

Certains "platz" (camps) ont un chef, généralement autoproclamé, qui tire son pouvoir du fait qu'il a trouvé un terrain à squatter. Il en devient l'administrateur. Comme dans un camping, il facture les emplacements au mètre carré. Je sais qu'en 2012, c'était 150 euros la place. En général, le chef dispose de voitures qui font la navette entre la Roumanie et la France. Il facture le voyage au prix fort. (...)

 

Vous établissez un parallèle entre les Roms et les Juifs... 

C'est l'une des choses qui m'a le plus touchée. En m'intéressant aux Roms, j'ai établi des correspondances avec l'histoire de ma famille, qui est séfarade. Les points communs, ce sont la déportation dans les camps nazis, la persécution, l'exil. Il y a aussi l'humour rom, fondé sur l'autodérision. Cet "humour du désespoir" est très proche de l'humour juif. Par ailleurs, les Roms ont un hymne, Gelem, Gelem, qui évoque la Shoah, et un drapeau mais pas de pays. Et ils n'en revendiquent pas. C'est une différence entre les Roms et les Juifs, l'existence d'Israël, pays cher au coeur des Juifs, même à ceux qui désapprouvent la politique du gouvernement israélien.

 

Pourquoi a-t-on ce sentiment que les Roms ne s'en sortiront jamais, économiquement ?

Mais c'est faux, il y a des success story ! Et il existe une bourgeoisie rom. Mais, on n'en parle jamais, à deux ou trois exceptions près, comme Anina Ciuciu, auteur de Je suis tzigane et je le reste (City éditions), diplômée de la Sorbonne, ou Liliana Hristache, qui milite chez les Verts et dirige une association, ROM Réussite, à Montreuil. Il y a des gamins qui révisent leur bac dans des caravanes sans électricité, j'en connais. Et Romica, aujourd'hui auxiliaire de vie, qui se destine à être aide-soignante.

Avantages, avril 2016

Rien ne résiste à Romica

par Isabelle Bourgeois

 

Une jeune fille qui fait la manche en serrant un bébé contre elle, ça scandalise plus que ça n'attire la compassion. Un jour pourtant, Valérie, journaliste, fait l'effort de s'arrêter pour lui parler et comprendre. Romica est roumaine et si elle garde son enfant avec elle, c'est qu'elle n'a pas le choix. (...) Valérie va se battre contre l'administration pour l'aider à s'en sortir. Un récit plein de lumière qui dézingue tous nos a priori. Formidable.

Témoignage chrétien, février 2016

De la rue au diplôme

par Sophie Bajos de Hérédia

 

Qu'est-ce qui peut lier une jeune Rom qui vit dans un camp et mendie dans la rue à une journaliste parisienne de la presse féminine ? Une amitié de celles chères à Montaigne. Quand Valérie rencontre Romica, assise sur le trottoir, elle se présente à elle, s'enquiert de ce qu'elle peut faire pour elle. Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle vient d'une famille de Juifs pieds noirs qui a aussi connu l'exil et la traque. (...) Elle perçoit le potentiel de cette toute jeune femme enceinte de son deuxième enfant, et n'aura de cesse de l'accompagner dans son chemin vers une vie sédentaire avec un contrat de travail. Car, non, les Roms ne rêvent pas de vivre libres dans un bidonville en mendiant à heures fixes. Aucun angélisme non plus dans la description rude et glaçante de cette communauté. Juste l'histoire de deux femmes qui font ensemble un chemin d'humanité.

Narrative nonfiction, enquêtes, essais, débats. La littérature du réel sous toutes ses formes.

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