Matthew d'Ancona

POST-VÉRITÉ

Guide de survie à l'ère des fake news

192 pages, 15 euros

12 octobre 2018

 

 

 

 

 

REVUE DE PRESSE

Le Nouvel Economiste, janvier 2019

Livres, la short list 2018 du nouvel Economiste

 

Sélection des 20 livres pour mieux comprendre le monde.

Le Courrier, 28 décembre 2018

Un royaume plombé

Par Alain Meyer

 

Les Britanniques sont (déjà) fatigués du post-Brexit. Matthew d’Ancona, journaliste au Guardian et auteur de l’essai Post-Vérité, redoute une «trumpisation» après le départ de Theresa May.

 

"Durant la campagne sur le Brexit en 2016, les partisans d'un maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne ont présenté des faits dénués de toute émotion. Les pro-Brexit ont fait exactement l'inverser, délivrant des torrents d'émotions en avançant très peu de faits concrets ou avérés." Rencontré récemment à Londrees, MAtthew d'Ancona n'est pas dupe de la mécanique qui a conduit il y a deux ans et demi 51,9% des Britanniques à dire non à l'UE. Son ouvrage au titre percutant - Post-Truth - vient d'être traduit en français [...].

L'éditorialiste s'interroge sur le "souci de la désinformation qui a permis à Donald Trump de se profiler aux États-Unis et aux "Brexiters" de l'emporter en Grande-Bretagne." [...]

Le Monde, 27 novembre 2018

Le Livre du Jour

À l'ère de la « Post--vérité », une « société de la défiance »

Par Samuel Laurent

 

Comment se décline et se vit la notion anglo-saxonne de « post-vérité » dans la France de Foucault, de Derrida, de Sartre ou de Badiou, autant d’intellectuels français qui ont porté une vision critique de la vérité comme construction sociale et intellectuelle, voire comme outil de domination [...]

 

 

Dans Post-vérité. Guide de survie à l’ère des fake news, publié en 2017 et qui vient d’être traduit en français, Matthew d’Ancona, éditorialiste au Guardian, fait le récit de la montée en puissance de cette notion. Il la dépeint à travers des exemples politiques, tels que la campagne du Brexit ou celle de Donald Trump, mais aussi à partir de la montée des « fausses sciences ». Au cœur de ce phénomène d’exclusion de la prescription de vérité, il observe « l’effacement de la confiance » dans les institutions et les médias, mais aussi la naissance, grâce notamment aux réseaux sociaux, de foyers où peuvent s’exprimer des récits alternatifs.

Les réseaux sociaux sont également en cause dans la surinformation dont nous souffrons de plus en plus, estime l’éditorialiste. Une surinformation qui entraîne, à la fois, une confusion entre information et divertissement, mais aussi une faible propension à vérifier ce torrent de données qui se déverse de nos smartphones.

Mais c’est également à une certaine tradition intellectuelle française que Matthew d’Ancona revient. Celle d’un post-modernisme inspiré de Nietzsche, qui a questionné la notion de vérité comme étant en soi une construction, pouvant donc être défaite. Pour lui, cette approche a « corrodé la notion de vérité » en ouvrant largement la possibilité intellectuelle de questionner cette dernière, et donc la voie à la « post-vérité », à ses récits et ses faits « alternatifs ».

[...]

Les ouvrages de Mme Peltier et de M. d’Ancona se rejoignent finalement en partie dans leurs conclusions : pour l’éditorialiste du Guardian, l’une des origines de la post-vérité réside dans la disparition de la notion de citoyenneté et par le renoncement à défendre les valeurs de la démocratie, dont la vérité. « Devant un problème, notre réaction instinctive consiste à dire : “Ils devraient faire quelque chose." Qui est "ils" ? "Ils", naguère, c’était "nous" », déplore l’éditorialiste du Guardian. Ce dernier regrette une certaine « infantilisation » des citoyens, que ce soit dans leur propension à déléguer la recherche de solutions au politique ou dans leur faible inclination à apprendre à distinguer les sources dans le torrent de la surinformation. [...]

France Culture, 27 novembre 2018

Le Journal des idées

Par Jacques Munier

 

Le fantôme de la verité, mention du livre, à écouter ici

Le nouvel économiste, 27 novembre 2018

Les bonnes feuilles de la semaine

 

Le mensonge, cette nouvelle vérité

 

La vérité est massivement portée disparue. Matthew d'Ancona, éditorialiste au Guardian, a mené l'enquête sur le fléau des fake news.

 

Bienvenue dans le bazare numérique

 

La montée de cette industrie de la déloyauté a coïncidé avec la métamorphose du paysage médiatique et la révolution numérique.

Pendant la première décennie du siècle, l’arrivée du haut débit a transformé Internet, qui n’était jusque-là que le mode de publication le moins cher et le plus rapide jamais inventé, en un instrument capable d’exercer une influence décisive sur les plans culturel et philosophique.

Ce qui a été connu sous le nom de "web 2.0" ne se résumait pas à un phénomène technologique : il remplaçait les hiérarchies par des recommandations "peer-to-peer", la déférence par la collaboration, les réunions planifiées par des événements Facebook, la propriété intellectuelle par l’open-source et la consommation passive des médias électroniques par de la création de contenu. Il promettait la démocratisation à une échelle sans précédent.

Et, à bien des égards, il a tenu parole. Le dénigrement de la révolution numérique actuellement en vogue fait mine d’ignorer les bénéfices stupéfiants qu’elle a offerts à l'humanité en quelques années. Il est aujourd’hui difficile d’imaginer un monde sans smartphones, sans Google, Facebook ou YouTube, un monde où les hôpitaux, les écoles, les universités, les services sociaux, les associations caritatives seraient privés de ces outils.

Cette connexion généralisée est une des plus immenses réussites dans l’histoire des innovations humaines. Une seule chose est plus remarquable encore : la rapidité avec laquelle tout cela nous a paru aller de soi. [...]

Le Figaro, 23 novembre 2018

La vérité, c'est le mensonge

Par Éléonore de Noüel

 

Matthew d'Ancona est éditorialiste au Guardian et au New York Times. À travers un petit essai stimulant, il s'interroge sur le naufrage de « la valeur vérité » à l'ère des réseaux sociaux et des chaînes d'info.

 

Le constat se veut presque désespéré : « Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du combat politique et intellectuel. Les fondations de l'orthodoxie démocratique sont ébranlées par un populisme immonde. La raison est menacée par l'émotion, la diversité par l'identité, la liberté par une dérive vers l'autocratie. » Si l'on peut légitimement douter du fait que le « populisme » ait été l'inventeur de tous ces maux - notons avec amusement que l'auteur n'hésite pas à employer lui-même un vocable émotionnel pour qualifier l'adversaire -, le diagnostic n'en demeure pas moins intéressant.

Cette tyrannie de l'émotivité qui s'exprime au détriment du rationnel est une réalité que certains appellent depuis quelques années « post-vérité », autrement dit « un naufrage de la valeur vérité ». Dès lors, conclut Matthew d'Ancona, « l'honnêteté et l'exactitude ne paraissent plus prioritaires dans les échanges politiques ». Par une sorte de réflexe facile, la figure de Donald Trump est avancée pour incarner ce changement de paradigme ; ce à quoi on pourrait répondre que le mal remonte à bien plus loin, et n'est pas l'apanage du tonitruant président américain et de ses « immondes » semblables. [...]
En matière de sensationnalisme, la presse traditionnelle n'est pas non plus en reste ; le traitement de la question migratoire a été un exemple éclatant d'un appel massif à l'émotion des lecteurs par le biais d'images déchirantes. Malheur à qui osait avancer quelques réserves ; le temps était à l'indignation.

Matthew d'Ancona situe l'origine du problème dans la perte de confiance grandissante des citoyens dans les institutions ; il rappelle à juste titre les différentes crises politiques ou économiques qui ont ébranlé la légitimité des corps constitués aux yeux des populations. Plus intéressant encore est le paralèlle que l'auteur trace entre l'avènement d'une société post-moderne, où la déconstruction fait loi, et l'apparition de la notion de post-vérité. Les intellectuels post-modernes - Foucault et Derrida en tête - n'ont-ils pas travaillé sans relâche à une systématisation du relativisme ?

« Il serait naïf de ne pas voir que les principaux penseurs de cette école ui n'en était pas une, en interrogeant la notion même de réalité objective, ont corrodé l'idée de vérité. » Qui sème le vent récolte définitivement la tempête.
Devant cet effritement de la vérité, que faire ? D'abord, face à la surabondance d'informations disponibles, adopter un réflexe de vérification des sources, oser devenir des petits « rédacteurs en chef ». Ne pas oublier non plus de rendre la vérité attrayante. Voilà comment, d'après l'auteur, récupérer un peu de sens critique dans un monde de fous. Moins convaincante en revanche est la proposition de confier aux Gafam une mission de checking mise en oeuvre grâce à l'intelligence artificielle...

L'Opinion, 19 novembre 2018

La Fabrique de l'Opinion. L'invité du 14 Bassano

Propos recueillis par Raphaël Proust

 

Matthew d’Ancona, 50 ans, est un journaliste anglais. Editorialiste au Guardian et au New York Times, il est également rédacteur en chef de Drugstore Culture, un magazine dédié à la culture et à la politique. Dans son dernier ouvrage qui vient d’être traduit en français, il explore l’avènement de l’ère de la post-vérité, un néologisme sacré « mot de l’année » en 2016 par le dictionnaire anglais d’Oxford qui le définit ainsi : « Qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions per- sonnelles. »

 

Votre livre a été publié l’année dernière. Comment le phénomène de post-vérité a-t-il évolué depuis un an ?

 

Je pense que les choses se sont aggravées. Prenons l’exemple des élections de mi-mandat qui viennent d’avoir lieu aux Etats-Unis. La logique des anti-Trump voulait que ce scrutin soit un désastre pour lui, mais ça n’a pas été le cas ! Certes, Donald Trump a perdu le contrôle de la Chambre des représentants mais les Républicains ont renforcé leur emprise au Sénat, un résultat somme toute assez normal pour des midterms. Quand on pense à tout ce que Trump a fait depuis son entrée en fonction, à quel point il a modifié le style de la présidence, son mépris pour la Constitution et pour toutes les institutions américaines... Tout semblait indiquer qu’il serait puni dans les urnes. Or ce n’est pas ce qui s’est passé. Il nous faut donc supposer que le contrat de post-vérité qu’il a passé avec le peuple américain est encore largement intact. Je suis donc pessimiste quant à la situation en Amérique, mais ce n’est guère mieux au Royaume-Uni. La réalité du Brexit devient de plus en plus claire : quoi qu’il arrive, la sortie de l’UE n’apportera rien de bon puisqu’aucune des options sur la table ne pourra remplir la promesse faite en 2016 par le camp du leave, à savoir l’accomplissement d’un destin merveilleux et libérateur pour le pays.

 

Diriez-vous que la défiance du public envers les médias traditionnels s’est, elle aussi, aggravée ?

 

Le problème est si profond qu’il faudra beaucoup de temps pour le réparer. De toute évidence, la difficulté vient du fait qu’une toute nouvelle façon de consommer l’information est apparue. Les gens s’informent à partir de centaines de sources différentes parmi lesquelles les médias grand public font l’objet d’une méfiance active. Ces marques ont encore beaucoup de travail à fournir pour réparer les dommages causés, elles font d’ailleurs de leur mieux pour démontrer qu’elles vérifient leurs informations afin de conforter leur autorité morale. Les médias ont aussi interrogé leur public pour savoir pourquoi il ne croyait plus à leur travail, mais le problème vient du fait que le numérique génère intrinsèquement de la méfiance. Il pousse les gens à entendre ce qui leur convient, à lire des informations qui renforcent leurs propres opinions et à se méfier de tout ce qui les contredit. Ce n’est évidemment pas compatible avec la recherche de la vérité. [...] Le numérique est le plus grand changement dans la consommation de l’information de l’histoire de l’humanité, peut être même plus que l’invention de l’imprimerie, et pourtant personne ne sait vraiment comment gérer ce phénomène.

 

L’avènement du web 2.0 il y a une dizaine d’années portait pourtant de grandes promesses qui semblent aujourd’hui déçues. Est-ce aussi votre sentiment ?

 

A l’époque, j’ai effectivement pensé qu’Internet serait une force fantastique et civilisatrice. Il me semblait qu’il encouragerait la compréhension au niveau mondial, la transparence, la liberté de l’information ; qu’il permettrait aux gens de comprendre des cultures différentes, d’apprendre de nouvelles langues ou d’acquérir des compétences. J’étais un peu utopique et, d’une certaine façon, je le suis encore car Internet recèle un potentiel incroyable. Nous avons cependant sous-estimé l’ampleur de son pouvoir et, surtout, à quel point celui-ci pouvait être néfaste. Nous n’avions pas du tout prévu que l’accès au web social encouragerait les gens à se regrouper en tribus numériques, à trouver des gens qui leur ressemblent, à renforcer leurs préjugés. Cette compartimentation a été très utile pour les populistes et tous ceux qui veulent nourrir la haine. Ces derniers ont d’ailleurs su prévoir bien mieux que les autres l’utilisation qu’ils pouvaient avoir de ces outils. Il y a une citation magnifique de Clay Shirky [journaliste américain spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication] qui dit : « Nous avons amené les fact-checkers à une culture de la guerre. » Je pense que c’est tout à fait juste. Internet est un excellent réseau mondial d’information qui permet aux gens de se parler et de trouver un terrain d’entente. Mais à l’époque, il ne m’est pas venu à l’esprit qu’il pouvait aussi profiter au populisme, au racisme et à la xénophobie. C’était évidemment une erreur et nous devons maintenant penser aux moyens de traiter ce problème.

 

De nombreux internautes partagent de fausses informations car « ça pourrait être vrai », comment expliquer cela ?

Une des phrases récurrentes de Donald Trump est : « J’ai gagné, on s’en fout ! » Je pense que cela en dit long car la droite populiste comme d’autres groupes comprennent qu’on peut utiliser les médias numériques pour semer le doute et la division. Parfois, cela suffit. Ils n’ont aucun intérêt à rassembler des preuves ou à se servir de faits pour appuyer leur discours. Ils s’intéressent à l’utilisation des réseaux sociaux, en particulier, pour secouer le débat et pour parler aux émotions des gens. Ils comprennent bien mieux que les forces progressistes le pouvoir de l’émotion, là où beaucoup s’accrochent à une notion datant des Lumières selon laquelle les faits et les preuves finissent toujours par prévaloir. Or, ce ne semble plus être le cas. L’émotion est la clé et les populistes ont été brillants dans leur manipulation à travers le numérique afin de marquer des points. C’est l’un des phénomènes dominant en politique dans les cinq ou six dernières années, à tel point que c’est désormais ainsi que les processus électoraux fonctionnent !

 

Le but recherché n’est donc pas d’imposer une version des faits au détriment de la réalité ?

 

L’objectif de ceux qui propagent des mensonges n’est pas toujours de gagner le débat mais de semer suffisamment de doutes pour empêcher leurs opposants de clamer leur victoire. Prenons l’exemple de la passe d’armes entre le correspondant de CNN à la Maison blanche, Jim Acosta, et Donald Trump [la présidence lui a retiré son accréditation après l’avoir faussement accusé d’avoir « placé ses mains » sur une stagiaire qui voulait lui prendre le micro pendant une conférence de presse]. Quiconque a vu les images sait qu’Acosta n’a pas agressé cette femme. Pourtant, et c’est la post-vérité dans sa forme la plus pure, il y a en ce moment même des Américains persuadés qu’un journaliste de gauche de CNN a attaqué une employée de la Maison Blanche pendant un échange avec le Président. C’est une sorte de poison qui se répand : les gens captent leurs propres signaux sur les réseaux sociaux à partir desquels ils se forgent leurs propres opinions. L’idée commence à prendre racine et la réalité devient alors changeante et malléable.

 

Dans ce contexte, peut-on encore partager une même vérité ?

 

C’est un énorme défi. Il faut apprendre le plus tôt possible aux enfants qu’ils seront confrontés à des mensonges d’une façon qui ne s’est jamais vraiment produite dans l’histoire de l’éducation. C’est ce que j’évoquais en parlant d’alphabétisation numérique. Aux siècles précédents, les populations ont construit des défenses civiles pour se protéger des attaques extérieures. De la même manière, nous avons besoin d’une protection civile contre les mensonges numériques, mais nous la construirons à l’intérieur même des gens. C’est une tâche pour au moins une génération. Rechercher et découvrir la vérité prend de plus en plus de temps. Le problème, c’est que tout cela intervient alors même que nous devenons de moins en moins patients, que nous exigeons de plus en plus de gratifications instantanées et que nous voulons des résultats immédiats.

Le Magazine littéraire, novembre 2018

Sélection d'essais à propos de la post-vérité

 

Comment la vérité est-elle devenue relative ? Le Britannique MAtthew d'Ancona livre des éléments de réponse pris dans l'actualité du Brexit et de Trump, gifle au passage les penseurs déconstructivistes, pointe l'effet délétère des réseaux - où les faits comptent moins que les opinions - et dépeint un monde sombrant dan l'irréalité qu'il secrète.

AOC, 9 octobre 2018

Post-vérité : au bazar de l’information

 

Il ne faudrait plus dire « Fake news » mais « Infox », terme préféré par l’Académie Française et publié la semaine dernière au Journal Officiel. Au-delà du débat sémantique, le véritable enjeu consiste à prendre toute la mesure de la transformation de l’espace public en ces temps de post-vérité. Pour Matthew D’Ancona, éditorialiste au Guardian, la presse de référence apparaît plus que jamais essentielle pour entretenir le seul rempart efficace : le comportement citoyen. Extrait de son livre à paraître.

Narrative nonfiction, enquêtes, essais, débats. La littérature du réel sous toutes ses formes.

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