Sophie Chabanel

Le Principe de réalité

Dans le labyrinthe de l'action sociale

128 pages, 15 euros

22 janvier 2015

 

 

 

 

 

REVUE DE PRESSE

Le Monde, 23 septembre 2015

De l'accueil des réfugiés au logement des sans-abris

par Isabelle Rey-Lefebvre

 

L'État, les communes, mais aussi les simples citoyens, découvrent chaque jour des ressources insoupçonnées permettant l'accueil de réfugiés. Ce sont des bâtiments scolaires, des maisons de retraite, des foyers de jeunes travailleurs ou d'apprentis (...). Les alertes désespérées lancées, cet hiver, par le 115 et le SAMU social (...) peuvent enfin trouver une réponse dans la dynamique actuelle. Cela vaudra toujours mieux que louer à grands frais 40 000 chambres d'hôtel, chaque nuit, pour un coût annuel de 400 millions d'euros.

Il était temps de réaliser que l'on peut ainsi pousser les murs, car une forme de découragement avait gagné les militants et bénévoles d'associations submergés par l'ampleur des problèmes et les travailleurs sociaux ui n'ont pas de solution à proposer et dont la mission perd son sens. En janvier, Sophie Chabanel, diplômée d'HEC qui fut salariée durant deux ans au sein d'une association lyonnaise d'insertion des défavorisés par le logement, décrivait, non sans humour, dans un livre-témoignage, Le Principe de réalité, l'énergie sans limite qu'il lui fallait déployer pour décrocher des relogements, tant la complexité des dispositifs est grande pour mieux cacher, sans doute, leur inefficacité : "Je n'imaginais pas que la recherche d'un hébergement à Lyon pour un jeune couple franco-algérien était aussi complexe qu'une fusion-acquisition entre deux géants de l'industrie agro-alimentaire ou la mise en bourse d'une start-up en pleine récession mondiale", écrivait-elle. Epuisée, découragée, elle a fini par démissionner. (...)

Lien social, 25 juin 2015

L'œil et l'oreille

par J. T.

 

Enthousiasme, désillusion, renoncement. C'est le triptyque qui constitue le fondement de ce récit de vie décrivant comment on entre dans le travail social, avec l'envie de se sentir utile, comment son désir initial de bien faire peut s'éroder au contact de la réalité et comment on s'en échappe, parfois, pour ne pas sombrer. Sophie Chabanel, diplômée d'HEC, intègre une association d'aide au logement à Lyon. La voilà plongée dans un dispositif dont l'absurde le dispute à l'impuissance. (...) Les différents lieux d'accueil existants opposent chacun leurs limites : pour l'un, l'impétrant est trop âgé ; pour le deuxième, il est primo-arrivant ; pour le troisième, il s'est montré trop insistant à la permanence d'accueil ; pour le quatrième, il ne s'y est pas présenté assez souvent, preuve de sa fragile motivation ; pour le cinquième, il n'y a pas de place pour les couples ; pour le sixième, n'est financée que la place de madame et de son bébé, monsieur n'étant pas pris en charge ; pour le septième, un dépannage en chambre d'hôtel ne peut être accordé que si des solutions pérennes sont en vue. Deux ans sont parfois nécessaires pour réussir à obtenir un logement. Et puis, quand cela arrive enfin, il arrive parfois que des usagers, qui ont tant de problèmes à régler, focalisent toute leur souffrance sur ce qu'on leur propose : le logement n'est pas à leur goût. Face aux quelques réussites fragiles et à tant d'échecs, Sophie Chabanel préférera se protéger de la dépression qui l'envahit, en démissionnant.

Mené avec humour et un brin d'ironie désespérée, son ouvrage nous renvoie à ce que bien d'autres se demandent, parfois : mais que fais-je donc dans cette galère ? 

Actualités sociales hebdomadaires, 1er mai 2015

Logement, un mot étrange...

par Éléonore Varini

 

Diplômée de HEC, Sophie Chabanel a travaillé douze années dans le secteur de l'insertion et a été salariée pendant deux ans dans une association lyonnaise d'aide au logement, en tant que responsable de la gestion locative adaptée - «autrement dit, médiatrice entre les sociétes HLM et les exclus». Elle a rencontre «des courageux et des découragés [...], des paumés et des complètement paumés », et des professionnels de bonne volonté, « aux succès rares, modestes et précieux ». De ces rencontres, elle a voulu laisser une trace dans Le Principe de réalité, un témoignage pertinent au style original. (...)

«Absurdité de ces arguments et de leur simulacre de logique. Absurdité de perdre son temps à maudire cette absurdité : de toute façon, tout est complet», écrit la jeune mère de famille. Elle ne s'imaginait pas que la recherche d'un hébergement à Lyon pour un couple franco-algérien de 22 et 26 ans « était aussi complexe qu'une fusion-acquisition entre deux géants de l'industrie agroalimentaire ou la mise en bourse d'une start-up en pleine récession mondiale » !

Et les dossiers de demande de logement s'enchaînent. « Logement. Le mot sonne étrangement à mes oreilles, comme un mot inconnu que j'entendrais pour la premiere fois. Un logement, un toit, oui, l'idée se comprend. La demande est tout à fait légitime. Et, en même temps, on ne peut plus saugrenue. Comment pourrais- je vous trouver un logement, là, tout de suite, alors que tant de gens attendent depuis des mois, des années ? » Souvent, les personnes qu'elle reçoit la mettent en colère, la privent de ses dernières illusions, notamment quand elles refusent un appartement pour lequel elle s'est battue. Avant qu'elle réalise que le logement n'est bien souvent qu'une difficulté parmi tant d'autres. « On croit parfois tenir entre nos mains le sort des personnes que nous aidons, maîs ce sont elles qui ont les cartes en main. De mauvaises cartes, le plus souvent.»

Le Monde, 25 avril 2015

La dure réalité d'une travailleuse sociale

par Isabelle Rey-Lefebvre

 

Notre société a lâchement délégué aux travailleurs sociaux la rude tâche de s’occuper des pauvres, de plus en plus nombreux, et le combat est éprouvant pour ces salariés peu considérés.

A 45 ans, Sophie Chabanel affiche un parcours atypique, puisque, après des études dans notre plus prestigieuse école de management, HEC, et un début de carrière dans la finance, elle a opté pour le travail social, et notamment œuvré pendant deux ans dans une association lyonnaise chargée de reloger des publics en grande difficulté. C’est cette expérience qu’elle raconte, avec humour et sensibilité, en explorant la confrontation quotidienne avec ces « clients » aux vies cabossées à qui il faut trouver d’urgence un toit, ressource devenue très rare…

Elle découvre l'extrême complexité du système d'aides et des dispositifs d'insertion, dont la multiplicité cache tout simplement la pénurie : « Je n'imaginais pas que la recherche d'un hébergement à Lyon pour un jeune couple franco-algérien était aussi complexe qu'une fusion-acquisition entre deux géants de l'industrie agroalimentaire ou la mise en Bourse d'une start-up en pleine récession mondiale », écrit-elle dans les premières pages de son ouvrage. Comme un soldat au front, sa vie est rythmée par l'alternance des victoires - chaque relogement lui procure une joie immense, aussi forte que celle de la famille qui va enfin pouvoir se poser et revivre - et des déceptions. (...)

L'auteure décrypte avec ironie le fonctionnement pas toujours bienveillant des associations, prises « de cette étrange manie de vouloir à tout prix copier le modèle de l'entreprise, de préférence dans ce qu'il a de pire à proposer ». Son ouvrage permet de comprendre avec nuances ce qu'endurent les travailleurs sociaux, pas tant dans la confrontation avec la misère mais dans le sentiment d'impuissance ressenti au service d'un système hypocrite qui dépense beaucoup de moyens et d'énergie pour ne pas répondre aux attentes des plus démunis. Leur engagement y perd tout son sens.

Le Progrès, Vosges Matin, L'Est républicain, Le Républicain lorrain, 3 février 2015

Questions à Sophie Chabanel. « De l'impuissance »

propos recueillis par Mathieu Bonis

 

Vous décrivez, dans votre livre, les difficultés à reloger les sans-abri que vous rencontriez lorsque vous exerciez dans une association d'aide au logement à Lyon...

Il y existe un sentiment d'impuissance très fort, avec cette impression souvent que ce que l'on fait est une goutte d'eau dans la mer. Dans ce labyrinthe de paperasserie, on est forcément saisi par le côté kafkaïen et insoluble de tout cela. Je prends l'exemple du Centre d'accueil et d'orientation. On a donné ce nom de CAO (prononcez chaos) à une structure qui accueille des gens à la rue. Imaginez leur réaction !

Selon vous, le secteur social tend à s'organiser comme une entreprise. Cela le déshumanise ?

Il faut être prudent. Les personnes continuent à faire leur travail avec beaucoup

d'engagement et de générosité (...). Mais si on prend les structures institutionnelles, je crois qu'il y a parfois une déshumanisation : ce sont de grosses machines où des procédures peuvent avoir, certes, une valeur ajoutée maîs qui ont surtout pour effet de prendre du temps et de la place sur l'humain.

Beaucoup d'énergie et parfois des miracles : c'est le quotidien d'une association d'aide au logement ?
Oui ! Et j'y tiens à ces petits miracles, à ces dossiers qui aboutissent ; lesquels ne sont pas grand-chose sur le plan statistique maîs représentent énormément sur le plan humain !

Blog Addict-Culture, 26 janvier 2015

Le Principe de réalité : un vrai parcours du combattant

par Vincent

 

Au cours des deux années passées au sein d’une association lyonnaise d’aide au logement, Sophie Chabanel a été confrontée à de nombreux cas plus ou moins difficiles, qu’elle évoque dans ce livre court mais intense, qui possède toutes les caractéristiques du journal de bord et dont la lecture ne laisse pas indifférent.

L’immersion du lecteur dans le quotidien du travailleur social est effective dès les premières pages, puisqu’on y assiste aux débuts de la narratrice, qui reçoit très tôt un premier « client », qu’elle choisit de décrire en utilisant la seconde personne du pluriel : en nous plaçant dans la position du demandeur, elle augmente le sentiment de proximité qu’on éprouve en entrant dans le récit. Par cette forme d’adresse, il semblerait qu’elle cherche aussi à faire tomber les barrières de l’exclusion. (...)

La question du sens est centrale, tout comme celle de la responsabilité, et la narratrice paraît également s’interroger sur sa place dans le monde. En nous faisant partager ses doutes, elle devient plus proche de nous, notamment lorsqu’elle dévoile sa fragilité et ses interrogations : suis-je assez forte pour cette mission ? Il semble primordial, pour un travailleur social, de trouver la bonne distance, afin de ne pas s’impliquer au-delà ce qu’exige l’éthique, car c’est en se protégeant qu’il reste possible d’exercer ce métier nécessaire. En tant qu’auteur, elle adopte ce qui apparaît comme la position idéale pour décrire les situations auxquelles sont confrontés les demandeurs, sans faire preuve d’angélisme ou de complaisance à leur égard, ni les condamner en les jugeant hâtivement.

Sophie Chabanel dresse un tableau réaliste de la situation du mal-logement en France, qu’elle présente dans toute sa complexité. Ouvrage saisissant au rythme enlevé, qui tient autant du récit littéraire que du témoignage sociologique, Le Principe de réalité est un livre troublant, l’un de ceux dont l’existence est salutaire, car l’auteur y expose les faits sans exagération et rend un bel hommage à ceux qui consacrent leur énergie à aider autrui.

Europe 1, 21 janvier 2015

Europe 1 Social Club

par Frédéric Taddeï

 

À écouter ici (à partir de la quarante-sixième minute).

Narrative nonfiction, enquêtes, essais, débats. La littérature du réel sous toutes ses formes.

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